Actualité et informations sur Internet

Loi données personnelles : corrigeons la loi renseignement

Paris, le 18 janvier 2018 - Mardi prochain, l'Assemblé nationale commençera à examiner le projet de loi destiné à adapter le droit français aux nouvelles règles européennes protégeant nos données personnelles. La Quadrature a proposé six amendements à ce texte : l'un d'eux concerne la loi renseignement adoptée en 2015, dont certaines dispositions sont contraires à ces nouvelles règles européennes. Paula Forteza (LREM), engagée sur les sujets numériques et rapporteure du texte, doit saisir cette opportunité décisive pour la protection de notre vie privée.

En 2016, l'Union européenne a adopté deux textes fondamentaux en matière de protection des données. Le plus connu de ces deux textes est le règlement général sur la protection des données (RGPD). Dès le 25 mai prochain, il imposera des obligations précises à toute personne qui exploite les données personnelles d'Européens. Toutefois, par exception, ces obligations ne s'imposeront pas aux activités qui, mises en œuvre pour le compte de l'État, visent à lutter contre les infractions. Cette lutte contre les infractions est, elle, encadrée par un second texte : la directive 2016/680. Contrairement au RGPD, cette directive ne prévoit que des principes généraux que les États membres devront traduire dans leur droit national en règles précises. Ils ont jusqu'au 6 mai pour faire cette transposition.

Le projet de loi examiné mardi par l'Assemblée nationale poursuit deux objectifs : adapter le droit français en prévision de l'entrée en application du RGPD (afin de corriger certaines incohérences entre le droit français existant et le RGPD, par exemple) et traduire les principes de la directive 2016/680 en règles précises dans le droit français. La Quadrature du Net a fait parvenir six amendements aux députés examinant ce projet.

Cinq de ces amendements concernent le RGPD et visent à :

  • faciliter les actions de groupe, en prévoyant que les personnes (notamment les entreprises) sanctionnées remboursent à l'association les frais engagés pour porter l'action ;
  • exiger que les données soient chiffrées de bout en bout chaque fois que cela est possible ;
  • préciser dans la loi le caractère libre du consentement ;
  • concilier de façon cohérente la liberté d'expression et la protection des données personnelles, notamment en intégrant la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l'homme (CEDH) qui instaure le critère de « contribution à un débat d'intérêt général » pour autoriser la publication de données ;
  • renforcer la protection des données sensibles, en corrigeant des imprécisions du RGPD, en intégrant des positions de la CNIL et en corrigeant le projet de loi.

Le sixième amendement, plus complexe, concerne l'intégration en droit français de la directive 2016/680 au regard des activités de renseignement. En effet, les pouvoirs donnés aux services français par la loi renseignement de 2015 rentrent directement dans le champ des activités visées par cette directive et doivent donc y être conformes. Or, ce n'est pas le cas sur de nombreux points, ce que La Quadrature propose de corriger afin que :

  • les personnes qui font l'objet d'une mesure de surveillance en soient informées dès que cette mesure prend fin, ou ultérieurement si cela met en péril l'objectif qui a initialement motivé la mesure (actuellement, ces personnes n'ont absolument aucune façon d'être informées des mesures subies, ce qu'exige pourtant la directive) ;
  • la Commission nationale de contrôle des techniques de renseignement (CNCTR) ait accès aux renseignements transmis aux services français par des services étrangers, afin de vérifier que ceux-ci sont licitement exploités (ce que la CNCTR ne peut pas faire aujourd'hui, alors que la directive l'exige) ;
  • tout particulier puisse saisir une juridiction pour contester la licéité d'une mesure de surveillance dont il pense faire l'objet (ce qu'exige la directive mais que le droit français ne prévoit pas s'agissant des mesures de surveillance internationale, menée en particulier par la DGSE) ;
  • les services français ne puissent transmettre ou collecter des renseignements auprès d'autres services, français ou étrangers, qu'en respectant les mêmes conditions que pour la mise en œuvre d'une technique de recueil de renseignement, et sous le contrôle de la CNCTR (ce qui n'est pas le cas aujourd'hui).

Avant-hier, la rapporteure du projet de loi, Paula Forteza, a reçu en audition La Quadrature du Net, les Exégètes amateurs et European Digital Rights (EDRi). Nous lui avons longuement expliqué l'importance de l'opportunité qui s'offrait à elle pour corriger notre droit. Elle est apparue à l'écoute de nos arguments et a semblé partager notre intérêt pour ces questions cruciales. Puisse-t-elle être à la hauteur de ces enjeux et défendre avec sincérité ses engagements en faveur du numérique. La Quadrature du Net invite chacun.e d'entre nous à suivre ses actions pour s'en assurer.

Lire nos propositions d'amendements Fichier attachéTaille amendements_lqdn_pjl_rgpd_17_01_2018.pdf 146.17 Ko
Source : www.laquadrature.net | 18-Jan-2018 09:51

Les représentations-limites des corps sexuels dans le nouveau Théorème
Depuis trente ans, la revue Théorème présente des travaux de recherche consacrés au cinéma, à l'audiovisuel et, plus largement, à l'ensemble des médias de l'image et du son. Dans son dernier numéro (qui vient de paraître), elle se penche sur les représentations-limites des corps sexuels sous de multiples angles : l'imagerie érotique et pornographique, le cinéma de Catherine Breillat, le torture porn, le corps vieillissant des acteurs, les nouvelles technologies, l'animation, la législation, et m
Source : feuilletons.blogs.liberation.fr | 17-Jan-2018 00:45

Réponse à la consultation de l?ARCEP « Smartphones, tablettes, assistants vocaux... Les terminaux sont-ils le maillon faible de l?ouverture d?Internet ? »

Paris, le 11 janvier 2018 - L'ARCEP1 a lancé récemment une consultation sur les terminaux et leur rôle dans la mise en place de la neutralité du Net. Les terminaux sont aujourd'hui en effet un frein à la neutralité du Net : environnements fermés, vente liée, situation de duopole, autant de façons de porter atteinte à la neutralité du Net que nous dénonçons depuis longtemps. Nous avons travaillé avec la Fédération des fournisseurs d'accès à Internet associatifs et Exodus Privacy sur une réponse à cette consultation pour y donner notre point de vue.

Le texte de la consultation commence bizarrement puisqu'il indique que « certains acteurs, non visés par le règlement, avaient la capacité de limiter l’accès effectif à certains services et applications en ligne, pour les utilisateurs comme pour les acteurs de l’internet. » Et parmi ces acteurs, l'ARCEP de citer « les terminaux et de leurs systèmes d’exploitation. » C'est surprenant à lire lorsque l'on sait que l'article 3 du règlement européen sur la neutralité du Net indique que l'Internet doit être ouvert, quel que soit le terminal utilisé.2 Le terminal est par conséquent directement visé par ce règlement.

Il est donc fondamental de rappeler les limites posées par les pratiques actuelles imposées par les fournisseurs de terminaux et de rappeler les fondamentaux qui permettront à la fois de respecter le règlement sur l'Internet ouvert, la nécessité pour l'utilisateur de contrôler le terminal de son choix, l'ouverture du marché et celle des environnements applicatifs (Google Play et App Store par exemple).

Nous espérons que cette réponse permettra à l'ARCEP de consolider sa position et d'agir !

Pour lire la réponse à la consultation.

  • 1. L'ARCEP est l'autorité de régulation des communications électroniques et des postes
  • 2. Article 3§1 du règlement établissant des mesures relatives à l’accès à un internet ouvert : « Les utilisateurs finals ont le droit d’accéder aux informations et aux contenus et de les diffuser, d’utiliser et de fournir des applications et des services et d’utiliser les équipements terminaux de leur choix, quel que soit le lieu où se trouve l’utilisateur final ou le fournisseur, et quels que soient le lieu, l’origine ou la destination de l’information, du contenu, de l’application ou du service, par l’intermédiaire de leur service d’accès à l’internet. »
Fichier attachéTaille 201801_reponse_terminaux_exodus_ffdn_lqdn.pdf 966.08 Ko
Source : www.laquadrature.net | 11-Jan-2018 16:10

Fake-news : derrière l'effet d'annonce, Macron esquive le vrai débat

4 janvier 2018, Paris - Hier soir, Emmanuel Macron a annoncé une future loi contre la propagation de « fausses informations ». Derrière un effet d'annonce assez cynique, il révèle son désintérêt pour un sujet qui mérite pourtant un traitement sérieux. La propagation de « fausses informations » est le symptôme d'une distorsion du débat public provoquée par la surveillance économique des grandes plateformes - dont les partis politiques traditionnels s’accommodent très bien, quand ils n'y ont pas recours.

Emmanuel Macron propose que, en période électorale, les juges puissent être saisis en référé pour censurer des « fausses informations1 » par tout moyen, jusqu'au blocage d'un site.

Au regard du droit en vigueur, l'intérêt de cette proposition est particulièrement douteux. La loi de 1881 sur la liberté de la presse incrimine déjà (même hors période électorale) la diffusion d'informations volontairement erronées, du moment que celles-ci portent atteinte à l'honneur d'une personne ou troublent (ou sont susceptibles de troubler) la paix publique2. On comprend mal quel type de « fausses informations » Macron voudrait combattre de plus.

Par ailleurs, la loi de confiance dans l'économie numérique de 2004 prévoit aussi déjà, de façon générique, qu'un juge peut ordonner en référé à tout hébergeur ou, à défaut, à tout opérateur de télécommunication, de prendre « toutes mesures propres à prévenir un dommage ou à faire cesser un dommage » causé par un contenu illicite3. Cette prérogative, dont la portée est par ailleurs dangereusement vague et large, couvre tant la suppression d'un contenu que le blocage d'un site.

Manifestement, la proposition de M. Macron est un pur effet d'annonce. En vérité, il n'a que faire de la propagation des « fausses informations » ni du problème fondamental dont elles sont le symptôme. Ce sera donc à chacune d'entre nous de nous en préoccuper.

Les « fake-news », symptôme d'une distorsion générale du débat en ligne

Emmanuel Macron base son effet d'annonce sur l'idée que « propager puissamment une fausse nouvelle sur les réseaux sociaux ne requiert aujourd'hui que quelques dizaines de milliers d'euros ». Il passe à côté de l'essentiel du débat : c'est le modèle économique des grands réseaux sociaux qui, de lui-même, favorise la propagation (gratuite) d'informations qui distordent le débat public, dont les fake-news (et ce toute l'année, période d'élection ou non).

Les contenus affichés sur le fil d'actualité Facebook, ou les vidéos suggérées sur YouTube, par exemple, sont choisies par chacune de ces plateformes. Pour rentabiliser au mieux leurs services, ces entreprises ont tout intérêt à favoriser certains textes, images ou vidéos. D'abord, mettre en avant des contenus qui n'intéressent qu'un groupe d'utilisateurs présentant des caractéristiques communes permet de profiler automatiquement les autres utilisateurs qui consultent ce contenu. Ensuite, une fois un utilisateur mis dans une case, la plateforme peut affiner son profilage en lui soumettant des contenus de plus en plus précis, l'enfermant dans une bulle de plus en plus restreinte. Et l'utilisateur, une fois identifié, diffusera à son tour les contenus qui lui ont été arbitrairement attribués, et participera malgré-lui à l'enfermement d'autres utilisateurs4.

En parallèle, les plateformes ont aussi intérêt à favoriser des contenus « attrape-clics », courts et peu subtils, n'ayant pas pour objectif de porter un discours pertinent mais simplement d'attirer l’œil. La diffusion rapide et facilitée de tels contenus donne autant d'occasions d'analyser les interactions des utilisateurs pour établir des profils plus précises.

L'un dans l'autre, le modèle du ciblage publicitaire conduit à écarter des débats les opinions les plus subtiles et nuancées, peu clivantes (car intéressant des personnes trop différentes pour permettre de les cibler précisément) ou générant peu de clics. Une fois ces positions écartées, le champ est laissé libre à la propagation de positions caricaturales, peu réfléchies, provocantes ou simplement mensongères.

Enfin, non content d'avoir distordu le débat public, le ciblage des utilisateurs constitue en fin de course un outil de choix pour des campagnes actives de propagande politique (la participation de Cambridge Analytica au Brexit et à l'élection de Trump en est un exemple alarmant). Le tableau est complet.

La propagation de fausses informations n'est que le symptôme d'un mal bien plus large causé par le ciblage publicitaire. La qualité du débat public exige un espace neutre, où le tissu des opinions n'est pas déchiré par des considérations marchandes. Emmanuel Macron propose de ne traiter que le symptôme, et de la façon la plus absurde qui soit. Traitons donc le mal par nous-mêmes.

  • 1. Comme définition simple de « fausse information » ou « fake-news », nous proposons : une information présentée comme sérieuse et objective mais délibérément fausse ou tronquée.
  • 2. Voir les article 27 et 29 de la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse.
  • 3. Voir l'article 6, I, 8 de loi n° 2004-575 du 21 juin 2004 pour la confiance dans l'économie numérique.
  • 4. Pour approfondir le sujet de l'influence du modèle économique des plateformes sur l'information elle-même et sur l'utilisation statistique de resemblances entre individus pour leur délivrer un contenu spécifique, lire l'article de Serge Proulx : Capitalisme et communication : une monétisation de la relation sociale.
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Source : www.laquadrature.net | 04-Jan-2018 16:29

Mr. Robot ? Réparer avec le sourire
Après une deuxième saison pour le moins décevante, Mr. Robot avait rendez-vous avec son histoire cet automne sur USA Network. S’agissant d’un hyperfeuilleton aux saisons interconnectées, son maître d’œuvre Sam Esmail n’avait toutefois d’autre choix que de jeter un coup d’œil dans le rétroviseur avant de repartir de l’avant. C’est désormais chose faite, grâce en soit rendue à une fin de troisième exercice en boulet de canon.
Source : feuilletons.blogs.liberation.fr | 02-Jan-2018 20:18

Abandon de la neutralité du Net aux USA

Paris, le 21 décembre 2017 - Nous publions ici la version intégrale d'une tribune sur la neutralité du Net publiée par Benjamin Bayart dans Libération le 14 décembre dernier, avec l'autorisation de Libération.

L'autorité de régulation des télécoms américaine est en train de renoncer à défendre la neutralité du Net. Ajit Pai, qui est à la tête de cette autorité, la FCC (Federal Communication Commision), a d'ailleurs été mis à ce poste par l'administration Trump précisément avec cette mission. Ce programme fait beaucoup de bruit, des deux côtés de l'Atlantique, dans le petit monde de l'Internet. Voyons rapidement pourquoi.

Le principe est souvent présenté de manière assez complexe, quand ce n'est pas incompréhensible, alors qu'il est en fait relativement simple. Le métier d'un fournisseur d'accès à Internet est de transporter les données des abonnés. Parce que, oui, c'est bien l'abonné qui a demandé les données, et pas YouTube qui a décidé tout seul d'envoyer une vidéo. Le principe de neutralité consiste à transporter ces données sans discrimination. Sans favoriser le diffuseur de vidéos qui a un accord avec l'opérateur, accord actionnarial ou commercial par exemple, contre le diffuseur qui n'a pas un tel accord.

Pourquoi ?

Philosophiquement, parce que l'abonné est le client. Parce que l'opérateur doit être au service de son abonné. Si un diffuseur peut passer un accord avec l'opérateur pour favoriser sa plateforme, quel est l'objet de cet accord ? L'abonné. Il perd sa position de sujet pour devenir un objet, une marchandise, que l'opérateur vend à la plateforme.

Économiquement, la conséquence est qu'une plateforme en position de force pourra payer cette redevance, là où un nouvel acteur économique ne pourra pas. L'effet économique est d'empêcher les nouveaux venus, et d'assurer la pérennité des positions de force acquises, tuant l'innovation et la concurrence. L'effet politique est de créer un levier que les États peuvent utiliser pour stériliser toute expression dissidente.

Quel sera l'effet aux États-Unis de la fin de la neutralité du Net ? Cela donnera de la force aux grands opérateurs, déjà en situation de monopole (dans une ville américaine, quand il y a deux opérateurs, ce sont celui qui fait de l'ADSL, et celui qui fait du câble, et encore, pas partout). Ces grands opérateurs, qui sont très en retard technologiquement, en espèrent un surplus de revenus sans avoir à investir, en prélevant une part des revenus des géants comme Google, Facebook ou Netflix. L'effet second, ce sera de renforcer la position dominante de ces géants : étant les seuls à pouvoir payer la rente demandée par les opérateurs, il seront protégés.

En Europe, nous avons des bases légales plus solides pour protéger la neutralité du Net. Un règlement européen, loi directement applicable dans toute l'Union sans attendre une lente transposition par les parlements nationaux. C'est bien plus solide qu'une règle établie par une autorité administrative. Bien entendu, nos grands opérateurs continuent de s'attaquer à cette règle. Par le lobbying politique, bien entendu. Par le lobbying technique, aussi.

Il y a deux réactions possibles de l'Europe. Ou bien elle cède lentement aux sirènes des opérateurs, elle rabote petit à petit la neutralité du Net, retirant un bout au nom de la sécurité, retirant un bout au nom de l'alignement avec le marché américain, etc. Et alors nous entérinons solidement le fait qu'il n'y aura pas de nouveaux modèles économiques. Nous assurons que les seuls géants possibles sont les géants américains actuels. Et en creux, nous admettons que les « valeurs européennes » sont une farce, la vraie règle étant celle du marché, et surtout celle du marché américain. Bref, la première piste c'est de renoncer. Renoncer à la protection des données personnelles, renoncer au fait que le réseau soit la marchandise et donc accepter que ce soit l'utilisateur qui serve de marchandise.

L'alternative, c'est que l'Europe s'appuie au contraire sur ses valeurs, et sur les règles qu'elle a mises en place (la neutralité du Net, le règlement européen sur les données personnelles, etc). En défendant ces positions, nous avons alors une chance : les nouveaux venus américains auront un handicap, un réseau non-neutre. Les entreprises innovantes européennes en revanche, auront un accès facile à un grand marché, une Europe de 500 millions de citoyens qui ont des droits. Et une Europe forte, capable d'imposer ses règles aux grands groupes américains. Bref, nous avons là une opportunité intéressante, que l'Europe devienne un terreau plus favorable à l'innovation sociale, et économique, par la protection des citoyens.

Certes, c'est considérer que la cause est perdue pour nos frères américains. Mais si nous échouons à les aider à sortir de cette impasse, il ne me semble pas souhaitable de couler dans leur naufrage juste par solidarité.


Source : www.laquadrature.net | 20-Dec-2017 14:27

Mise en demeure de WhatsApp : l'espoir d'un bouleversement

Paris, le 20 décembre 2017 - Avant-hier, la CNIL a annoncé mettre en demeure WhatsApp de corriger son système de transfert de données personnelles à Facebook. L'entreprise a un mois pour ce faire, sous peine d'être sanctionnée (le montant maximal de l'amende est de 3 millions d'euros). La CNIL considère ce transfert illicite car se fondant sur le consentement forcé des utilisateurs, ceux-ci ne pouvant s'y opposer qu'en renonçant à utiliser le service. La Quadrature du Net se réjouit de l'analyse faite par la CNIL, car c'est exactement celle qu'elle défend depuis des années. Les conséquences en seront particulièrement importantes.

La décision publiée avant-hier par la CNIL fait directement suite à un autre événement décisif, survenu la semaine dernière : le G29 (groupe de travail réunissant les CNIL européennes) a publié un projet de lignes directrices détaillant la façon dont la notion de « consentement » sera interprétée par les CNIL européennes dans leur application du règlement général sur la protection des données (RGPD) à partir du 26 mai prochain.

Ces lignes directrices reprennent dans une large mesure les mêmes positions que celles défendues par La Quadrature du Net depuis des années, en rendant explicites certaines interprétations du RGPD que de nombreuses entreprises et gouvernements refusaient jusqu'ici d'accepter. Ces interprétations sont d'autant plus utiles qu'elles contrent directement certaines positions dangereuses dans le débat législatif en cours sur le règlement ePrivacy.

La mise en demeure de WhatsApp n'est ni plus ni moins que la stricte application de ces lignes directrices.

La liberté et la spécificité du consentement

Depuis la semaine dernière, le G29 explique parfaitement que « le RGPD prévoit que si la personne concernée n'a pas un véritable choix, se sent contrainte de consentir ou subira des conséquences négatives si elle ne consent pas, alors son consentement n'est pas valide »1, ce qui est une clarification importante à la fois du RGPD2 et des positions passées du G293.

Le G29 souligne une des conséquences fondamentales de cette notion : « le RGPD garantit que le traitement de données personnelles pour lequel le consentement est demandé ne peut pas devenir, directement ou indirectement, la contrepartie d'un contrat »4. Le Parlement européen avait d'ailleurs déjà commencé à prendre le même chemin le mois dernier, en décidant que « les données personnelles ne peuvent être comparées à un prix et, ainsi, ne peuvent être considérées comme des marchandises ».

Soulignons qu'il y a bien un type de traitement que l'utilisateur peut être obligé d'accepter pour utiliser le service : les traitements qui sont techniquement indispensables pour fournir le service (tels que des traitements de sécurité ou, s'agissant de services payants, de facturation). Cette « exception » ne fait pas débat, étant assez logique.

Enfin, le G29 rappelle que le consentement doit aussi être « spécifique », ce qui implique que les utilisateurs « devraient être libres de choisir quelle finalité [de traitement] ils acceptent, plutôt que d'avoir à consentir à un ensemble de finalités de traitement »5. Il s'agit d'une conséquence directe du caractère libre du consentement : on ne doit pas être contraint de consentir à une chose (être fiché, par exemple) au motif qu'on souhaite consentir à une autre (la transmission de ses communications à ses amis, par exemple).

Un consentement qui n'est ni libre ni spécifique n'est pas valide et ne peut autoriser aucun traitement de données personnelles.

Le cas WhatsApp

Le cas de WhatsApp est probablement le premier cas d'application aussi clair de ces exigences.

Comme expliqué dans ses conditions générales d'utilisation (CGU), WhatsApp transfère à Facebook (qui l'a racheté en 2014) diverses données personnelles. Les CGU ne détaillent pas la nature de ces données, mais WhatsApp a expliqué à la CNIL qu'il s'agirait de « l’identifiant du compte WhatsApp de l’utilisateur, des informations relatives à l’appareil utilisé et des informations relatives à l’utilisation de l’application » (p. 3 de la décision de la CNIL). Les CGU expliquent vaguement l'objectif du transfert de ces données : « aider [Whatsapp] à exploiter, fournir, améliorer, comprendre, personnaliser, prendre en charge et commercialiser [ses] Services et [ceux de Facebook] ». Enfin, WhatsApp explique à la CNIL que ce transfert serait licite car les utilisateurs y ont consenti en acceptant ces CGU.

D'une part, comme la CNIL l'explique très bien, alors que l'objectif du transfert n'est en rien indispensable à la fourniture du service WhatsApp, « le refus de la personne concernée de donner son consentement à la transmission de ses données s’accompagne nécessairement d’une conséquence négative importante puisqu’elle sera contrainte de supprimer son compte et ne pourra utiliser l’application WhatsApp » (p. 7). La CNIL en conclut logiquement que ce consentement n'est pas libre.

D'autre part, la CNIL souligne que l'utilisateur « consent de façon générale à la politique de confidentialité de la société », sans pouvoir choisir de consentir à certains traitements (ceux liés à la sécurité typiquement) tout en en refusant d'autres (ceux visant à améliorer le service). Les utilisateurs ne pouvant donc consentir de façon spécifique, leur consentement est encore invalide.

La CNIL donne un mois à WhatsApp pour permettre à ses utilisateurs de refuser librement et spécifiquement le transfert de leurs données à Facebook. À défaut, ce transfert devrait tout simplement prendre fin, puisqu'il ne pourrait être autorisé par aucun consentement valide.

Des conséquences considérables

Appliquées à d'autres services que WhatsApp, ces exigences auront des conséquences colossales.

Prenons directement le cas de la société mère de WhatsApp, Facebook, et de son réseau social. Actuellement, les utilisateurs de ce réseau n'ont qu'une seule façon d'échapper au fichage et au ciblage publicitaire qui y a lieu : en supprimant leur compte. En acceptant les CGU de Facebook, au moment de leur inscription, les utilisateurs n'y ont donc pas consenti librement (c'était tout ou rien). Or, puisque Facebook ne peut justifier ce fichage et ce ciblage qu'avec le consentement de ses utilisateurs, et que ce consentement n'est pas valide, ces activités sont illicites. Si Facebook ne veut pas être interdit dans l'Union européenne, il devra permettre à ses utilisateurs de continuer à utiliser son réseau social tout en échappant à cette surveillance.

On peut légitimement se demander comment Facebook pourra continuer à financer l’infrastructure sur laquelle repose ses services et comment, concrètement, il pourra survivre. La conclusion est simple : si Facebook ne trouve aucune source de financement ne reposant pas sur l'exploitation forcée des données personnelles de ses utilisateurs, il devra fermer son réseau social en Europe. Les mêmes conséquences peuvent être dessinées pour Google, Twitter, Amazon... et WhatsApp, comme on l'a vu.

Cette conclusion, aussi impressionnante peut-elle paraître pour certains, est en vérité l'objectif précisément recherché par le G29 et la CNIL dans leurs récentes positions. C'est aussi celui poursuivi par La Quadrature : empêcher la subsistance de modèles économiques fondés sur l'exploitation forcée d'une liberté fondamentale.

Cet objectif ne vise pas à interdire tout traitement de données personnelles (il en existe une myriade d'utiles pour la société, c'est évident), mais à empêcher qu'une industrie ne survive sur leur exploitation économique massive. Les seuls traitements légitimes de données personnelles sont ceux reconnus comme tels collectivement (par la loi) et ceux acceptés de façon désintéressée par les personnes concernées. Cette logique s'oppose en théorie au maintien d'une industrie tirant sa richesse de traitements massifs de données personnelles.

« La Quadrature du Net se réjouit de la décision publiée avant-hier par la CNIL : elle laisse espérer un bouleversement dans l'équilibre d'Internet, qui ne cessait jusqu'ici de se concentrer autour d'acteurs hégémoniques tirant leurs forces de l'exploitation injustifiable des libertés de tous les internautes. Nous espérons que la CNIL sera cohérente avec cette décision et en appliquera la logique contre l'ensemble des services des géants de l'Internet, pour commencer - à défaut de quoi chacune d'entre nous devra l'y pousser, par des plaintes auprès d'elle ou en saisissant les tribunaux », conclut Arthur Messaud, militant à La Quadrature du Net.

  • 1.

    Notre traduction de « the GDPR prescribes that if the data subject has no real choice, feels compelled to consent or will endure negative consequences if they do not consent, then consent will not be valid » (p. 6).

  • 2.

    L'article 7§4 du RGPD prévoit que, « au moment de déterminer si le consentement est donné librement, il y a lieu de tenir le plus grand compte de la question de savoir, entre autres, si l'exécution d'un contrat, y compris la fourniture d'un service, est subordonnée au consentement au traitement de données à caractère personnel qui n'est pas nécessaire à l'exécution dudit contrat ». Or, cette exigence ne donne pas directement de critère concret pour évaluer la liberté d'un consentement. Le considérant 43 du RGPD précise heureusement ce point : « le consentement est présumé ne pas avoir été donné librement [...] si l'exécution d'un contrat, y compris la prestation d'un service, est subordonnée au consentement malgré que celui-ci ne soit pas nécessaire à une telle exécution ». Les opposants à la liberté du consentement continuaient toutefois de prétendre qu'il fallait limiter le sens de cette précision, soit en la limitant à l'exécution des contrats (alors que de nombreux traitements peuvent se faire hors contrat) soit en soulignant la structure logique imparfaite de ce considérant (en effet, le considérant parle d'un « consentement » non nécessaire à l'exécution d'un contrat alors que, à être rigoureux, il aurait fallu parler du « traitement » non nécessaire à son exécution). Les imprécisions ou imperfections du RGPD ont ici été entièrement corrigées par le G29.

  • 3.

    Dans son avis 15/2011 (WP187) du 13 juillet 2011, le G29 était mois précis qu'aujourd'hui, exigeant que le refus de consentir n'implique aucune « conséquence négative significative » (p. 12), alors qu'il exige aujourd'hui que le refus n'implique aucune « conséquence négative » tout court. Cette reformulation est décisive puisque le caractère « significatif » d'un préjudice était parfaitement vague et imprévisible, au point de risquer de priver cette exigence de toute portée.

  • 4.

    Notre traduction de « the GDPR ensures that the processing of personal data for which consent is sought cannot become directly or indirectly the counter-performance of a contract » (p. 9).

  • 5.

    Notre traduction de : « the data subjects should be free to choose which purpose they accept, rather than having to consent to a bundle of processing purposes » (p. 11).


Source : www.laquadrature.net | 20-Dec-2017 11:01

Table ronde « Séries et cinéma : confrontation ou complémentarité ? »
Le 30 novembre dernier s'est tenue, dans l'enceinte de la Maison de l'Université de Mont-Saint-Aignan, une table ronde ayant pour postulat de départ la question suivante : « Séries et cinéma : confrontation ou complémentarité ? ». Organisée par la Licence professionnelle Métiers de la médiation culturelle de l'Université de Rouen, celle-ci a réuni Sylvaine Bataille, docteure en littérature anglaise, Pierre Ziemniak, assistant exécutif auprès des producteurs de la série Le Bureau des légendes, et
Source : feuilletons.blogs.liberation.fr | 19-Dec-2017 22:33

Encore besoin de vous : La Quadrature du Net prolonge sa campagne de soutien

Paris, le 18 décembre 2017 - La Quadrature du Net a décidé de prolonger sa campagne annuelle de soutien lancée le 14 novembre dernier. En effet, l'objectif des 320 000 euros qui lui sont nécessaires pour fonctionner en 2018 est loin d'être atteint, puisque seuls 50% sont assurés à ce jour. Pour qu'elle vous aide à défendre vos droits dans le monde numérique, soutenez La Quadrature du Net : donnez, partagez, faites tourner !

Comme tous les ans, et comme beaucoup d'associations qui tentent de rester indépendantes, La Quadrature du Net a lancé il y a un mois sa campagne de dons individuels pour recueillir le montant qui lui permettra de continuer à défendre nos droits et nos libertés à l'ère du numérique. Et sur le sujet 2018 s'annonce plein de défis intéressants.

Entre les attaques régulières sur la neutralité du Net, notamment aux USA et les nombreuses remises en cause du chiffrement, nous devons rester vigilant-es et s'assurer qu'Internet reste l'outil fondamental d'émancipation et d'accès à l'information qu'il est encore.

Au niveau européen, nous allons poursuivre avec la fédération FDN et d'autres réseaux associatifs européens le travail de suivi entamé sur le Paquet télécom et notamment le code européen des communications électroniques. Face à la pression des États et des lobbies de télécommunications nous défendrons les contre-pouvoirs que sont les modèles alternatifs, décentralisés et démocratiques.

La Quadrature continuera aussi à se faire le relais de nos vives inquiétudes concernant le futur règlement ePrivacy sur la confidentialité des communications, afin de pousser les parlementaires européens et le gouvernement français à protéger ce principe fondamental, qui fait obstacle aux volontés hégémoniques des géants du numérique.

En parallèle à ce « front de défense » sur le règlement ePrivacy, le règlement général sur la protection des données, adopté l'an dernier par l'Union européenne, offrira dès mai prochain (moment de son entrée en vigueur) de nouvelles et entousiasmantes opportunités d'ouvrir un « front d'attaque » contre les géant du Net. La Quadrature affutera ses nouvelles armes pour que nous puissons construire un Internet libre, conforme à nos valeurs de respect de la vie privée, de libre participation au débat public et d'émancipation vis-à-vis des « algorithmes » qui visent à déshumaniser nos rapports sociaux.

En France, la surveillance illégitime de la population poursuit son chemin, que ce soit par les futurs textes sécuritaires promis par le gouvernement ou bien par le refus de ce dernier, depuis maintenant presque un an, d'abroger les règles contraires au droit de l'Union européenne en matière de conservation des données de connexion de l'ensemble de la population. Encore un point où La Quadrature ne se contentera pas de rester sur la défensive, mais a déjà entrepris de ralier le plus grand nombre possible d'acteurs du Net à son refus de collaborer de façon illicite à une surveillance de masse injustifiable.

En plus de ces combats, La Quadrature du Net va aussi s'attacher à la sécurisation juridique des alternatives libres et décentralisées qui existent, ainsi que se pencher sur divers points liés à son fonctionnement :

  • la question de ses outils et des outils qu'elle met à disposition du public : des outils pour faire quoi ? pour faire comment ? avec quels objectifs ? Ainsi, de nouvelles versions du site web et de la revue de presse sont au programme, le tout dans une réflexion plus générale sur nos outils et leur utilisation ;
  • la question de ses modes d'action : nous avons commencé en 2017 à imaginer de nouveaux modes d'action et d'interpellation, et notre objectif en 2018 est de mettre en oeuvre ce que nous avons imaginé (campagnes d'affichages, happenings...), avec l'aide de toutes celles et tous ceux qui voudront nous rejoindre ;
  • les défis sont aussi organisationnels, avec l'ouverture à un premier cercle de membres, avec lesquels il s'agira de construire La Quadrature du futur, en lien avec tous les bénévoles, contributeurs, donateurs qui souhaiteront nous aider à relever ce défi !
  • 2018 sera donc une année charnière pour La Quadrature du Net, et pour cela nous avons besoin de sécuriser un budget qui nous permette de fonctionner sans trop de difficultés. Nous avons pour le moment réussi à réunir un peu plus de 50% de notre objectif, c'est pourquoi nous prolongeons notre campagne et nous vous demandons, à vous qui soutenez nos actions, de faire circuler cet appel et de convaincre autour de vous de la nécessité du travail effectué par La Quadrature.

    Pour contribuer à la défense et au renforcement de nos droits et libertés, appelez à faire un don sur soutien.laquadrature.net (et si possible appelez à des dons récurrents, ce sont ceux qui nous donnent une meilleure visibilité sur notre budget et nous permettent vraiment de nous projeter sur l'année).

    Merci <3


Source : www.laquadrature.net | 18-Dec-2017 13:13

Les compteurs, intelligents ou débilitants ?

Paris, le 15 décembre 2017 - Nous publions ici sous forme de tribune, un extrait de l'intervention de Philippe Aigrain, membre fondateur de La Quadrature du Net, lors d'une table ronde à l'Assemblée nationale le 14 décembre 2017 sur le thème des compteurs intelligents. La vidéo de cette table ronde organisée par la commission des affaires économiques et l’Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques (OPECST) est disponible sur le site de l'Assemblée nationale.

Depuis quarante ans que je participe aux débats sur les enjeux sociétaux des techniques, une situation m’est devenue familière. Des personnes ou plus souvent des organisations développent une solution technique pour tenter d’optimiser un certain paramètre (par exemple le lissage des pointes de consommation d’électricité, mais ce n’est qu’un exemple parmi des dizaines). Pour obtenir les fonds nécessaires au déploiement de cette solution, ils en font miroiter aux décideurs internes ou politiques d’autres avantages (par exemple l’exploitation possible des données présentées comme l’or noir du 21e siècle). Ils tentent autant que possible de contrôler le contexte de déploiement de cette solution par des mécanismes de propriété, législatifs ou par le choix d’architectures techniques. Apparaissent des oppositions de la part de personnes qui s’estiment impactées par ces systèmes déployés sans eux ou en ne les consultant que sur des options secondaires. Ces opposants invoquent des raisons multiples de rejet, dont la nature et la multiplicité paraissent aux yeux des promoteurs de ces systèmes résulter d’une volonté caractérisée d’empêcher le progrès. Pour décrédibiliser les oppositions, les promoteurs se saisissent des critiques avancées qui leur paraissent les plus aisées à réfuter ou à confiner, souvent celles portant sur les risques pour la santé (par exemple les effets des champs électromagnétiques créés par des communications par courant porteur de ligne).

Loin de disparaître, les oppositions se renforcent et retrouvent ou commencent à cerner des motifs plus essentiels, ceux qui relèvent des rapports de pouvoir, de la dépossession des instruments utilisés pour des enjeux de la vie quotidienne et de la violence de l’intrusion dans la sphère intime. Voilà exactement où nous en sommes en ce qui concerne le déploiement des compteurs qu’on a nommé intelligents pour mieux masquer la dépossession qu’ils infligent aux usagers traités en objets de contrôle et d’une surveillance pudiquement appelée analyse des comportements ou production des données. Il ne faut donc pas s’étonner que les compteurs jugés intelligents par leurs concepteurs soient considérés par ceux qui ne les ont pas choisis comme des compteurs débilitants.

Si vous voulez sauver les compteurs de nouvelle génération, ou tout au moins ne pas avoir à les installer de force, il faudra donc accepter de rouvrir le débat sur les relations de pouvoir et les capacités qu’ils donnent respectivement aux distributeurs et producteurs d’énergie et aux usagers et citoyens. Ce n’est pas qu’un problème de données personnelles. Dans ce domaine comme tant d’autres, les personnes acceptent de fournir des données bien plus intimes, par exemple sur l’alimentation et la santé, pour des études, à condition d’être associées à la définition de leurs buts et à leur mise en œuvre et que des garanties d’indépendance à l’égard des grands intérêts économiques existent, ce qui est hélas rarement le cas.

La réouverture de ces débats sur les pouvoirs d’agir de chacun, loin d’être une perte de temps, est la seule chance d’en gagner, même si cela passe par la mise à la poubelle d’une génération de Linkys et Gazpars. Attention, il ne s’agit pas que de calmer des peurs jugées irrationnelles par les techniciens. Il s’agit de prendre en compte qu’il y a un enjeu démocratique essentiel, une condition d’exercice des droits fondamentaux lorsqu’on déploie des dispositifs informatisés dans la sphère intime, celle du foyer ou celle des comportements quotidiens. Il s’agit de prendre conscience que le fait qu’un compteur appartienne au distributeur et soit sous son contrôle - qui était presque universellement accepté lorsqu’il s’agissait d’un dispositif « bête » - devient intolérable lorsqu’il incorpore une « intelligence » (des algorithmes aussi élémentaires soient-ils) conçue par d’autres dont on ne partage pas nécessairement les buts. La technique est une composante essentielle de la vie humaine, mais elle ne remplace pas la démocratie.


Source : www.laquadrature.net | 15-Dec-2017 10:17

A la découvert de l'Ouest américain dans les films et les séries télévisées
Ce vendredi 15 décembre, une journée d’étude s’intéressera notamment à la série Westworld (HBO, 2016-) et à la mini-série Godless. Rendez-vous dans la grande salle de l’IRIHS à l’Université de Rouen Normandie.
Source : feuilletons.blogs.liberation.fr | 14-Dec-2017 10:21

États-Unis : fin de la neutralité du Net ?

Paris, 12 décembre 2017 — Le 14 décembre, la Federal Communication Commission (FCC, l'autorité américaine de régulation des télécoms) s'apprête à imposer de nouvelles règles qui vont briser la neutralité du Net, le principe selon lequel tout trafic Internet doit être traité de manière égale, sans discrimination.

En 2015, sous le gouvernement Obama, la FCC avait obtenu de nouvelles règles lui permettant d'interdire aux fournisseurs d'accès Internet (FAI) d’entraver l’accès des utilisateurs aux contenus. Fin novembre dernier, le nouveau président de la FCC, Ajit Pai, annonçait souhaiter annuler ces règles pour revenir au cadre réglementaire antérieur à 2015, soumettant la régulation du FAI aux règles générales du droit de la consommation et de la concurrence, parfaitement inadaptées et éliminant dans les faits toute protection.

Ces changements suivent la pression mise sur la FCC et le Congrès par les principaux FAI des États-Unis (AT&T, Verizon, Comcast) pour obtenir l'autorisation de ralentir l'accès à certains sites. Les sites en question seraient ainsi obligés de payer les FAI pour que leurs utilisateurs puissent y accéder facilement, sans ralentissement. Ces FAI doivent être stoppés dans leur tentative de vouloir décider quel contenu est accessible à quel utilisateur et à quel prix. Par conséquent, il est indispensable que le régulateur américain garantisse la neutralité du Net et que les FAI demeurent de simples transmetteurs d'informations afin que tous les utilisateurs, quelles que soient leurs ressources, puissent accéder au même réseau, que ce soit pour consulter ou diffuser les informations et services de leur choix.

Une initiative de Fight for the future a été mise en place. Pour montrer à la FCC qu'on ne peut pas porter atteinte à la neutralité du Net, Break The Internet propose de « casser l'Internet » en affichant un message simulant la réduction d'accès ou de débit que provoquerait l'adoption de ces mesures. Le message incite les états-uniens à appeler les membres du Congrès pour défendre la neutralité du Net.

La Quadrature du Net soutient cette initiative. Si vous souhaitez également agir en ce sens, Battle for the net détaille les actions possibles et chacune est libre d'en inventer d'autres.

Sauvons la neutralité du Net


Source : www.laquadrature.net | 12-Dec-2017 14:04

Quelle place occupe le Nordic Noir dans le monde contemporain ?
Dans un ouvrage se voulant la « première étude avancée du Nordic Noir contemporain », les Danois Kim Toft Hansen et Anne Marit Waade se penchent sur un genre qui a fait les belles heures de la télévision suédoise, danoise, norvégienne et même islandaise, au point de s'attirer les convoitises de diffuseurs venus des quatre coins du monde : le Nordic Noir. De The Killing à The Bridge, de Blue Eyes à Trapped, voilà une spécialité « glocale » qui n'a pas fini de faire parler d'elle.
Source : feuilletons.blogs.liberation.fr | 11-Dec-2017 19:08

Rencontres nationales du Havre (3e édition) : « Des séries et des hommes tourmentés »
Du 7 au 9 décembre, venez assister à la troisième édition des Rencontres nationales du Havre qui se tiendront conjointement à la bibliothèque Oscar Niemeyer et au cinéma Le Studio. Durant ces trois journées, universitaires et professionnels de la télévision se pencheront sur la place de l'homme dans les séries télévisées, de Tony Soprano au juge Roban d'Engrenages, en passant par Wallander et Kevin Garvey (The Leftovers).
Source : feuilletons.blogs.liberation.fr | 06-Dec-2017 14:16

Google, Amesys, même combat.

Paris, le 5 décembre 2017 — La Quadrature du Net publie ci-dessous une tribune d'Okhin

Du 21 au 24 novembre dernier, à Villepinte (région parisienne), se tenait le salon Milipol (pour Militaire/Police), « l'événement mondial de la sécurité des États ».

En plus des habituels trafiquants marchands d'armes qui font la fierté de l'industrie française (ayons une pensée émue pour Michèle Alliot-Marie qui exporta en Tunisie notre savoir-faire en matière de maintien de l'ordre), il y a, depuis quelques années maintenant, des marchands de matériel informatique et de solutions de supervision des populations.

Vous avez forcément entendu parler d'Amesys, de Qosmos, de Palantir et autres Hacking Team qui se sont spécialisés dans le développement de solutions clef en main d'espionnage et de surveillance de la population. Et, les affaires étant les affaires, la plupart d'entre eux vendent à toute personne désirant acheter du matériel, qu'il s'agisse des dictatures libyenne ou syrienne, ou des démocraties sociales occidentales compatibles avec l'économie de marché (France, Allemagne, Royaume-Uni). On parle dans ces cas de capitalisme de la surveillance, c'est-à-dire de mesurer la valeur des choses grâce à la fonction de surveillance.

La surveillance se base sur la connaissance. En épidémiologie par exemple, c'est connaître le vecteur infectieux, le documenter, savoir comment il se propage et se transmet, mesurer son temps d'incubation éventuel, déterminer ses symptômes pour comprendre son fonctionnement et trouver éventuellement un remède.

Dans le cadre de la surveillance des personnes, cela se traduit par la connaissance de ces personnes, leur identification dans le temps et l'espace, connaître leurs habitudes et leurs façons de réagir, mesurer leur sensibilité à telle ou telle idée. La surveillance c'est la connaissance. Et la connaissance c'est ce qui permet de définir les choses, de les identifier. Le capitalisme de la surveillance est donc un capitalisme de la connaissance, de l'identité. Ce que vendent Amesys, Palantir ou autres à leurs clients c'est l'assignation d'une identité définie par eux ou par leur client à un groupe de personnes en fonction de mesures et d'observations, i.e. de données.

Dans le cas des États, cette assignation identitaire amène à des conséquences qui peuvent être extrêmement violentes pour certaines populations, amenant à des répressions fortes, une suppression d'un certain type de personnes d'un certain quartier, à de l'injustice prédictive basée sur des statistiques biaisées par des biais racistes - le racisme structurel - et qui donc ne peuvent que renforcer ces biais. Les smart cities, dans leur version la plus extrême, sont les étapes finales de ce processus, l'identification permanente, fixiste, en tous points de tous les individus, l'impossibilité de bénéficier des services communs et publics sans révéler son identité, sans donner aux surveillants encore plus de connaissances sur nos vies et nos identités, pour leur permettre de mieux définir nos identités, de mieux vendre aux États la détermination, l'essentialisation, la réduction des complexités de nos vies à des étiquettes : terroriste, migrant, réfugié, musulman, femme, queer, bon citoyen.

Dans cette analyse qui est faite, on parle très vite, très souvent d'algorithmes ou d'intelligence artificielle. On les accuse de tous les maux, d'être racistes, de faire l'apologie du génocide, d'être sexistes, de censurer les discours d'éducation à la sexualité, d'invisibiliser les minorités sexuelles, comme si les intelligences artificielles, les algoritmes, disposaient de conscience, émergeaient de nulle part, avaient décidé d'être néo-nazi. Pardon, alt-right. Mais, au final, personne ne dit ce que sont les algorithmes, ou les intelligences artificielles. On va commencer par la seconde. L'intelligence artificielle est un algorithme doté d'une grande complexité et utilisant de grosses quantités de données pour donner l'illusion d'une intelligence, mais d'une intelligence ne comprenant pas ce qu'est un contexte et non dotée de conscience. Reste à définir ce qu'est un algorithme donc.

Appelons le wiktionnaire à la rescousse. Un algorithme est une « méthode générale pour résoudre un ensemble de problèmes, qui, appliquée systématiquement et d’une manière automatisée à une donnée ou à un ensemble de données, et répétant un certain nombre de fois un procédé élémentaire, finit par fournir une solution, un classement, une mise en avant d’un phénomène, d’un profil, ou de détecter une fraude ». C'est donc une formule mathématique, ne prenant pas en compte les cas particuliers, et qui a pour but d'analyser des données pour trouver une solution à un problème.

Ces algorithmes ne sont pas en charge de collecter les données, de définir le problème ou de prendre des décisions. Ils analysent des données qui leur sont transmises et fournissent une classification de ces données en fonction de critères qui ont été décidés par les personnes qui les écrivent, qui les configurent et qui les utilisent. L'ensemble des problèmes sur la reconnaissance faciale qu'ont rencontrés la plupart des entreprises de la Silicon Valley résulte du jeu de données utilisé pour identifier une personne et la reconnaître, car il ne contenait que des images de personnes blanches. Le chat bot de Microsoft - Tay - s'est avéré tenir des propos négationnistes ou appelant au meurtre et à l'extermination. Non pas parce que Tay a une conscience politique qui lui permette de comprendre les propos qu'elle tient, mais parce que des personnes l'ont inondée de propos racistes ou négationnistes, fournissant un corpus de données servant de base aux interactions du chat bot, l'amenant donc à écrire des propos racistes et négationnistes. Microsoft a rapidement retiré ce chat bot de la circulation et l'entreprise a depuis promis d'être plus « attentive » .

Parallèlement, nous entendons également, et de plus en plus, parler d'économie de l'attention. De capitalisme de l'attention. Ce qui aurait de la valeur serait ce à quoi nous faisons attention, ce que nous regardons. Sous entendu, nous, utilisatrices de ce système, sommes capables de faire le choix de ce que nous voulons regarder et lire, de faire le choix de la connaissance à laquelle nous avons accès. Internet permet, en théorie, un accès non discriminé à l'intégralité des informations et des données, et donc de la connaissance, du savoir. Après tout, la connaissance est une information à laquelle j'accède pour la première fois. Et cette acquisition de connaissance me permet de comprendre le monde, de me positionner par rapport à lui, et donc de me définir et de le comprendre, exactement ce que font les systèmes de surveillance massive utilisés par les États.

Réguler l'accès à l'information et choisir quels contenus montrer à quelle personne permet donc, également, de contrôler comment vont se définir les personnes, comment elles vont comprendre le monde. L'économie de l'attention est basée sur ce principe. Pour garantir que vous interagissiez avec la connaissance qui vous est proposée, qui est la façon dont ces nouveaux capitalistes mesurent la valeur, il est important de vous surveiller, de vous mesurer, de vous analyser, de vous assigner des identités. Et donc de contrôler la connaissance à laquelle vous avez accès et celle que vous produisez.

Les gigantesques plateformes financées par les GAFAM1 servent exactement à ça. Facebook vous empêche activement d'accéder à l'ensemble de l'information présente sur leur réseau, vous demandant de vous connecter pour accéder à d'autres plateformes que la leur, ou vous pistant partout une fois que vous êtes connectés, leur permettant ainsi de récolter encore plus de connaissances à votre sujet, d'augmenter leur capacité de surveillance et donc d'identification et de contrôle. Remplissant dans ce cas exactement la même fonction que les systèmes répressifs des régimes étatiques.

Notamment car Facebook, Apple, Google, Amazon, Microsoft décident ce qu'il est moral de faire, quelles identités doivent être renforcées ou au contraire dévaluées. Par exemple, Youtube, en supprimant la possibilité pour un contenu parlant de sexualités de rapporter de l'argent aux créatrices, envoie un message assez clair aux personnes faisant de l'éducation sexuelle, ou parlant de problématique touchant les personnes queer : votre production de connaissance n'est pas bienvenue ici, nous ne voulons pas que des personnes puissent s'identifier à vous. Il en va de même avec Facebook et son rapport à la nudité ou Apple qui filtre également tout ce qui pourrait parler de sexe, quitte à censurer le contenu des musées. En dévalorisant certaines connaissances, en la supprimant de certaines plateformes, les personnes à la tête de ces entreprises permettent d'effacer totalement de l'espace public des pans entiers de la société, de supprimer les voix des minorités, d'empêcher la contradiction de leurs valeurs et permettent donc de renforcer les biais des personnes consommant la connaissance disponible, amenant à une polarisation, une simplification et à une antagonisation du monde.

Alors effectivement, Facebook en soi ne mettra personne dans les geôles de Bachar el-Assad, du moins pas dans une complicité active, mais l'entreprise fait parti d'un système disposant de deux faces. Une face violente, répressive, alimentant les délires paranoïaques des États d'une part, et une face « douce » et insidieuse, utilisant les publicitaires et la restriction de l'accès à la connaissance pour permettre aux entreprises conservatrices de nous imposer leur vision bipolaire du monde, renforcement les sentiments d'appartenance à un groupe identitaire, avec les conséquences violentes que l'on connaît.

Et pour s'en persuader, il suffit de regarder les liens entre ces deux faces. Peter Thiel, fondateur, avec Elon Musk, de PayPal et qui détient maintenant 7% de Facebook est également le fondateur de Palantir Technologies, entreprise qui a, notamment, obtenu le marché public des boîtes noires en France, tout en étant aussi l'outil officiel de la NSA. Thiel a également participé aux nombreux procès qui ont fait mettre à Gawker la clef sous la porte suite à la révélation de l'homosexualité de P. Thiel par Gawker. Thiel, enfin, est l'un des influents soutiens des républicains nord américains, il a notamment participé à la campagne de Ted Cruz avant de rejoindre l'équipe de Trump et de participer à la transition à la maison blanche. Il a de fait nécessairement discuté, échangé et parlé avec Robert Mercer, l'un des directeurs de Cambridge Analytica, une entreprise dont le but est de cibler les électeurs grâce à de nombreux points de collectes, principalement récupérés par Facebook afin de pouvoir les cibler directement et influencer leurs votes.

Alors oui, lorsque l'on pose la question de démanteler Google, la question de démanteler Palantir se pose aussi, et celle consistant à vouloir privilégier les seconds car ils représentent un danger plus important pour la sécurité des uns et des autres. Mais sans l'omniprésence des systèmes d'identification, sans les exaoctets de données récoltées sans notre consentement dans le but d'individualiser le contenu auquel nous avons accès - selon des critères sur lesquels nous n'avons aucun contrôle - la mise en place de la surveillance et de l'identité devient complexe, coûteuse et impossible.

Il faut démanteler les systèmes capitalistes identitaires si l'on veut détruire les systèmes d'oppressions basés sur l'identité ou sur l'accès biaisé à la connaissance. Il faut s'affranchir des moteurs de ce système que sont la publicité, le pistage et l'identification permanente. Il faut questionner et démanteler le racisme, le néo-colonialisme, le sexisme des entreprises de la Silicon Valley au lieu de s'étonner que leurs algorithmes soient racistes. Car ils sont devenus omniprésents et nous empêchent de nous définir, de vivre, d'exister comme nous l'entendons, avec nos cultures complexes et nos identités changeantes.

  • 1. Acronyme utilisé pour désigner les géantes industries américaines, Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft.

Source : www.laquadrature.net | 04-Dec-2017 18:34

Halt and Catch Fire ? La machine, un entremetteur aux possibilités infinies
Pendant quatre saisons au rythme haletant, Halt and Catch Fire s’est évertuée à retracer une décennie d’innovation informatique (de 1983 à 1993) sans jamais sacrifier à l’impératif du récit documentaire ni à la quête de réalisme à tout crin. La série d’AMC s’en est allée le 14 octobre dernier dans un relatif anonymat, ce qui ne l’empêchera pas de laisser son empreinte sur l’histoire des séries, que celles-ci se regardent sur un écran à tube cathodique ou sur une tablette dernier cri.
Source : feuilletons.blogs.liberation.fr | 04-Dec-2017 11:23

L'imaginaire en séries chez Otrante
Revue bi-annuelle pluridisciplinaire dédiée à l'imaginaire fantastique, Otrante sort cet automne un numéro spécial dédié aux séries télévisées. Dans cet ouvrage en deux parties dirigé par Hélène Machinal et Elaine Després, onze auteurs se penchent sur des séries fantastiques (Les Revenants, American Horror Story, Buffy the Vampire Slayer, Game of Thrones) ou de science-fiction (Fringe, Person of Interest, Black Mirror, Stargate-SG1, Orphan Black).
Source : feuilletons.blogs.liberation.fr | 01-Dec-2017 11:21

Facebook poursuit son ambition de remplacer l'État

Une tribune d'Arthur Messaud

Paris, le 29 novembre 2017 -- En deux jours, coup sur coup, Facebook a annoncé déployer ses outils de surveillance de masse pour détecter les comportements suicidaires puis pour lutter contre le terrorisme. La concomitance de ces annonces révèle parfaitement la politique de fond du réseau social hégémonique : se rendre aussi légitime que les États et, avec l'accord bien compris des « démocraties libérales », remplacer celles-ci pas à pas.

Hier, Facebook a détaillé la mise en œuvre de sa lutte automatisée contre les contenus à caractère terroriste, qu'il avait déja annoncée en juin dernier. Il explique fièrement que « 99% des contenus terroristes liés à Al-Qaeda et ISIS retirés de Facebook sont des contenus détectés avant que qui que ce soit ne les ait signalés et, dans certains cas, avant qu'ils ne soient publiés »1. Facebook n'a ainsi plus aucune honte à avouer ses intentions : la lutte contre la parole terroriste en ligne n'est plus du ressort de l'État -- Facebook est bien plus efficace ! Cette lutte n'est plus fixée selon des normes débattues démocratiquement, mais laissée à l'unique volonté politique d'entreprises capitalistiques, qui n'ont aucun compte à rendre au peuple.

Et c'est exactement ce à quoi appelaient Macron et May l'été dernier : les géants du Net doivent prendre à leur charge la régulation de leurs réseaux hégémoniques (Facebook explique d'ailleurs que les contenus retirés automatiquement ne sont en principe pas transmis aux autorités pubiques, qui pourraient en poursuivre les auteurs2, la séparation des rôles étant ainsi totale et quasiment hermétique).

Le cynisme de la situation est d'autant plus fort que la partie de la lutte que l'État prend encore à sa charge (la détection des individus dangereux) use des mêmes outils que ceux déployés par le secteur privé. Les « algorithmes » dont Facebook vante aujourd'hui l'efficacité reposent sur la même logique que les « boîtes noires » autorisées en France en 2015, et sont développés par la même industrie, qui partage l'exacte même idéologie (Palantir Technologies a été fondée par Peter Thiel, qui détient également 7% de Facebook).

Par ailleurs, avant-hier, Facebook annonçait déployer ses outils de surveillance de masse pour détecter des comportements suicidaires afin d'apporter l'aide nécessaire aux personnes en détresse. La démarche ne serait pas si critiquable si elle n'était pas automatisée, si les utilisateurs pouvaient choisir d'échapper à l'analyse (ce n'est pas le cas) et s'il ne s'agissait pas d'une simple expérimentation pour des usages bien plus larges. Comme s'est empressé d'expliquer Mark Zuckerberg, « dans le futur, l'IA sera davantage capable de comprendre la subtilité du langage et sera capable d'identifier différents problèmes au-delà du suicide, notamment détecter rapidement davantage de cas de harcèlement ou de haine »3.

En vérité, en se plaçant comme défenseur de ses utilisateurs (sans l'avis de ceux-ci), Facebook espère repousser ses nombreux détracteurs qui lui reprochent des atteintes injustifiables à la vie privée de toute la population, à la qualité du débat public et à la vie démocratique dans son ensemble.

Ainsi, de façon parfaitement insidieuse, Facebook prétend que son outil d'aide aux personnes suicidaires sera déployé partout dans le monde... sauf dans l'Union européenne. Il sous-entend là clairement que l'Union européenne prévoirait des règles de protection des données personnelles trop contraignantes pour lui permettre de « protéger la population ». Cette prétention est évidemment fausse : le règlement général sur la protection des données pourrait autoriser une telle pratique de multiples façons 4. Ce mensonge n'a qu'un but : opposer la sécurité des personnes à la protection de leur vie privée (principal obstacle à la pérennité économique de Facebook). Cette opposition est d'ailleurs directement reprise de la bouche des États déployant une surveillance de masse au nom de la sécurité : récupérer leurs pouvoirs implique sans surprise d'en reprendre les mensonges.

En conclusion, ces deux annonces dessinent un discours général assez net : soumettez-vous à Facebook, car lui seul peut vous protéger (ne comptez pas sur l'État, qui lui a délégué ce rôle). L'entreprise ne se prive d'ailleurs pas d'expliquer être « confiante que l'IA va devenir un outil plus important dans l'arsenal de protection et de sécurité sur l'Internet »5. Internet est dangereux, prenez refuge sous l'hégémonie de multinationales totalitaires, vite !

L'arrogance avec laquelle Facebook affiche ses ambitions de contrôler Internet révèle la volonté partagée des « démocraties libérales » et des entreprises hégémoniques de transférer les pouvoirs régaliens des premières vers celles-ci. Nous devons toutes et tous refuser définitivement la légitimité politique que ces entreprises entendent prendre. Seul le peuple est légitime pour décider collectivement des contraintes lui permettant de se protéger contre le terrorisme, les discours de haine, les tendances suicidaires ou n'importe quel autre danger. Dans la continuité ultra-libérale de ses prédécesseurs, Macron déconstruit l'État, pour le pire, en confiant ce rôle à des acteurs privés.

  • 1. Notre traduction de « Today, 99% of the ISIS and Al Qaeda-related terror content we remove from Facebook is content we detect before anyone in our community has flagged it to us, and in some cases, before it goes live on the site. »
  • 2. En juin, Facebook : « We increasingly use AI to identify and remove terrorist content, but computers are not very good at identifying what constitutes a credible threat that merits escalation to law enforcement. »
  • 3. Notre traduction de : « In the future, AI will be able to understand more of the subtle nuances of language, and will be able to identify different issues beyond suicide as well, including quickly spotting more kinds of bullying and hate. »
  • 4. Elle pourrait être fondée sur le consentement, l'intérêt légitime, ou « la sauvegarde des intérêts vitaux de la personne » surveillée (RGPD, article 6).
  • 5. Notre traduction de « we’re hopeful AI will become a more important tool in the arsenal of protection and safety on the internet ».

Source : www.laquadrature.net | 29-Nov-2017 15:43

Jouer dans un drama anglais : des studios aux tournages extérieurs
Paru au mois d'août, cet essai (en langue anglaise) de Richard Hewett se penche sur la délicate transition des dramas de BBC des studios traditionnels aux tournages extérieurs, en quête d'un « air du temps » parfois difficile à saisir sans pointer le bout de son nez dehors. Entre le confort des plateaux de tournage et les aléas du monde extérieur, on se rend compte que le cœur de la fiction britannique continue de balancer.
Source : feuilletons.blogs.liberation.fr | 27-Nov-2017 14:10

Journée d'étude « Séries TV et Posthumain, Posthumain(s) en série(s) »
Ce vendredi, venez assister à une journée d'étude consacrée au rapport entre posthumain et séries télévisées à l'Université Paul Valéry Montpellier 3 (Salle des colloques 1, Maison de la Recherche, Site St Charles, Montpellier). L'événement, coorganisé par Monica Michlin et Claire Cornillon, portera notamment sur les séries Westworld, Black Mirror, Real Humans, Dollhouse et Dr. Who.
Source : feuilletons.blogs.liberation.fr | 23-Nov-2017 11:24

Pour le Parlement européen, nos données personnelles ne sont pas des marchandises !

Paris, le 21 novembre 2017 -- Ce matin, le Parlement européen a adopté sa position sur une nouvelle directive qui encadrera les « contrats de fourniture de contenu numérique ». Il y a inscrit un principe fondamental, déjà esquissé il y a quelques semaines dans le règlement ePrivacy : « les données personnelles ne peuvent être comparées à un prix et, ainsi, ne peuvent être considérées comme des marchandises ».

Le 26 octobre dernier, le Parlement européen a adopté sa position sur le règlement ePrivacy, en précisant que « nul utilisateur ne peut se voir refuser l’accès à un service [...] au motif qu’il n’a pas consenti [...] à un traitement de ses données à caractère personnel [...] non nécessaire à la fourniture du service » (voir article 8, paragraphe 1 bis, du rapport LIBE).

Cette disposition faisait directement écho au Règlement Général sur la Protection des Données (RGPD) adopté l'an dernier, qui prévoie (article 7 et considérant 43) que « le consentement est présumé ne pas avoir été donné librement [...] si l'exécution d'un contrat, y compris la prestation d'un service, est subordonnée au consentement malgré que celui-ci ne soit pas nécessaire à une telle exécution ».

Aujourd'hui, le Parlement européen est allé encore plus loin en déclarant que « les données personnelles ne peuvent être comparées à un prix et, ainsi, ne peuvent être considérées comme des marchandises »1 (considérant 13 du rapport adopté aujourd'hui). Nous pouvons seulement regretter que le Parlement n'ait pas eu le courage de tirer toutes les conséquences légales de sa position et n'ait pas clairement interdit les contrat de type « service contre données ». Il se refuse à explicitement « décider si de tels contrats devraient ou non être autorisés et laisse aux lois nationales la question de la validité de ces contrats »2. Mais il a aussi précisé que sa position « ne devrait, en aucun cas, donner l'impression qu'elle légitime ou encourage des pratiques basées sur la monétisation des données personnelles »3 (voir considérant 13).

Le texte adopté aujourd'hui (tout comme celui adopté le mois dernier sur ePrivacy) devra encore être débattu par les États membres, qui pourront affaiblir entièrement ces nouvelles précisions.

Toutefois, aujourd'hui, le Parlement a pris un autre pas décisif vers la reconnaissance d'un principe fondamental, pour lequel La Quadrature du Net se bat depuis des années : que le droit à la vie privée et à la protection des données, tout comme n'importe quel autre droit fondamental, ne puisse être vendu.

  • 1. Notre traduction de « personal data cannot be compared to a price, and therefore cannot be considered as a commodity ».
  • 2. Notre traduction de « decide on whether such contracts should be allowed or not and leaves to national law the question of validity of [those] contracts ».
  • 3. Notre traduction de « should, in no way, give the impression that it legitimises or encourages a practice based on monetisation of personal data ».

Source : www.laquadrature.net | 21-Nov-2017 17:02

Les Grands ? Une comédie française stylée, mais pas encore chanmé
Après une saison inaugurale pleine d’énergie et de bonnes intentions, la comédie française Les Grands effectuait son retour cet automne sur OCS City à l’occasion d’une deuxième « année scolaire » aux ambitions revues à la hausse. Suffisant pour envisager une mention Très Bien au Bac ? C’est ce que nous allons voir dès que la cloche aura fini de sonner.
Source : feuilletons.blogs.liberation.fr | 21-Nov-2017 14:31

La chute de Louis C.K., et le danger du révisionnisme
Le 9 novembre dernier, Louis C.K. se voit officiellement accusé dans les colonnes du New York Times par cinq anciennes collaboratrices de s’être masturbé en leur présence ou par téléphone. Depuis, c’est la chute libre pour l’auteur et comédien américain, qui a rapidement reconnu les faits dans le sillage de l’affaire Weinstein. Gare toutefois à ne pas confondre l’artiste et son œuvre sous le coup de l’émotion…
Source : feuilletons.blogs.liberation.fr | 17-Nov-2017 14:50

Mise à l'honneur littéraire de Fantômas, le Génie du crime
Double actualité littéraire chez Vendémiaire autour de Fantômas, figure mythique du roman-feuilleton et du cinéma sérialisant de Louis Feuillade du début du XXe siècle : "Fantômas de Louis Feuillade", un essai d'analyse cinématographique signé Benjamin Thomas, et "Tu entreras dans le siècle en lisant Fantômas", un abécédaire de Dominique Kalifa retraçant en détail la genèse, le développement et la réception de la saga littéraire de Pierre Souvestre et Marcel Allain.
Source : feuilletons.blogs.liberation.fr | 14-Nov-2017 16:58

La Quadrature du Net est notre outil à toutes et à tous, affutons-le !

Paris, le 14 novembre 2017 — À l’heure où les attaques envers nos droits et libertés sur Internet se font toujours plus fortes et où les débats que nous avons à conduire sont de plus en plus nombreux et complexes, nous avons toutes et tous plus que jamais besoin d’outils pour comprendre, communiquer et agir en faveur des droits fondamentaux, d’un Internet plus libre et du respect de notre vie privée. Nous avons besoin d’outils comme La Quadrature du Net.

La Quadrature vit grâce à celles et ceux qui, depuis de nombreuses années maintenant, sont fidèles au rendez-vous et nous soutiennent par leur implication ou leurs dons. C’est grâce à vous que l’association s’est dotée d’une équipe salariée à même de produire et de soumettre à débat des analyses critiques solides, de développer des outils citoyens permettant d’agir au niveau politique et de mener des campagnes en lien avec nos alliés associatifs et de nombreux militants.

Aujourd'hui, alors que nous entamons une nouvelle étape que nous détaillons dans cette « revue stratégique » nous avons encore une fois besoin de votre soutien, pour pérenniser les actions engagées, faire face à un contexte politique de plus en plus difficile et nous renouveler en développant encore et toujours de nouveaux modes d'action et de réflexion.

Soutenir La Quadrature du Net !

C’est une habitude maintenant que de vous solliciter une fois par an pour nous soutenir. Le calendrier est ainsi fait : il y a l’arrivée de l’automne, le changement d’heure et puis vient la campagne de dons de La Quadrature :)

Alors poursuivons nos bonnes habitudes et réunissons-nous, comme chaque année, pour rendre compte du chemin parcouru et démarrer cette campagne dans la bonne humeur. Nous le ferons ce soir, mardi 14 novembre, dès 19h à la Paillasse1 à Paris et en streaming partout dans le monde.

Cette campagne sera aussi l'occasion de s'amuser un peu, grâce à un outil tout droit sorti du travail des contribut.eurs.rices de La Quadrature du Net, mais nous en gardons l'annonce exclusive pour ce soir (nous publierons alors aussi notre nouveau site de soutien tout neuf !).

Lors de cette campagne, La Quadrature aura le plaisir de recevoir, dans le cadre de cette réflexion commune sur nos actions, les Exégètes amateurs pour une conférence spécialement dédiée à leurs nombreux et téméraires recours en justice.

De même, plusieurs évènements d'échanges et de réflexions communes seront organisés dans diverses villes de France, afin de renforcer encore notre volonté de décentraliser nos actions et nos débats.

Enfin, la campagne de dons annuelle est chaque fois l'occasion de faire découvrir nos causes au plus grand nombre. Chacun et chacune d'entre nous est conviée à le faire par ses outils informatiques habituels, mais nous vous inviterons aussi à venir le faire dans la rue toute une semaine, courant décembre, avec tracts, affiches et dessins !

Nous vous tiendrons informé.es du détail de toutes ces actions le moment venu.


Que ce soit pour évaluer le chemin parcouru, se projeter dans l'avenir, débattre ou se faire entendre, rien n'est possible sans action collective. Et il en va de même pour financer la boîte à outils qu'est La Quadrature, afin qu'elle reste efficace pour défendre nos libertés sur Internet. Tâchons, ensemble, de maintenir nos outils encore et toujours affûtés !

On compte sur vous <3

Soutenir La Quadrature du Net !

  • 1. La soirée aura lieu le 14 Novembre à 19h à La Paillasse : 226, rue de Saint-Denis (Métro Strasbourg Saint-Denis)
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Source : www.laquadrature.net | 13-Nov-2017 17:42

De nouvelles forces pour La Quadrature !

Paris, le 13 novembre 2017 — La Quadrature est vivante, La Quadrature évolue : une bonne moitié de l'équipe salariée a changé depuis l'été dernier. Saluons chaleureusement l'engagement de celles et ceux qui partent, et souhaitons la bienvenue à celles et ceux qui arrivent !

Au revoir les ami.e.s !

Ayant assuré à nos côtés les relations de La Quadrature avec les médias et la coordination des campagnes depuis mars 2014, Adrienne Charmet est partie en juillet 2017 rejoindre l’Agence nationale des systèmes de sécurité et d’information (ANSSI). Nous espérons qu'elle y trouvera l'occasion de continuer à défendre nos valeurs !

Christopher Talib, chargé de la communication, des relations avec nos bénévoles et des campagnes depuis août 2014, est parti fin août 2017 pour rejoindre sa Belgique natale et s'y ouvrir de nouveaux horizons dans le développement web.

Notre graphiste de choc pendant un an et demi — dont au moins un an d'état d'urgence —, Baptiste Dagneaux, est parti en avril dernier avec ses Rubik's cube, son humour décapant, et ses graphismes sans concessions (snif).

Enfin, Léa Caillère Falgueyrac, en charge de l’analyse juridique et politique sur le règlement ePrivacy, est partie fin juin pour poursuivre d’autres engagements, ce qu’elle fera assurément avec la même passion qu’elle a eue à nos côté.

Nous vous souhaitons à toutes et tous plein de courage et de datalove pour toute une vie <3

Bonjour les ami.e.s !

Prenant directement la suite de Léa, Arthur Messaud revient à La Quadrature ! Toujours aussi passionné par les données personnelles, les chatons et les débats animés (que personne n'oserait qualifier de « troll » !), il a rejoint en juin Agnès de Cornulier dans l’équipe juridique, se faisant aussi par là une des nouvelles voix médiatiques de La Quadrature.


L'équipe salariée en train de s'auto-radicaliser
sur les internets digitaux

Début octobre, Leo Thüer a quitté Berlin pour rejoindre Agnès et Arthur en stage, après être passé chez Digitale Gesellschaft et la Ligue des Droits de l’Homme. De formation polyvalente, il a étudié les sciences politiques, le droit public et la littérature française. Il met actuellement une belle énergie à épauler l'équipe dans ses aventures franco-bruxelloises.

Marine Strazielle est depuis septembre notre nouvelle directrice artistique, terminant en parallèle ses études à Sciences-Po (où elle prend un plaisir tout à fait cynique à apprendre à « disrupter l'État » et la communication de masse, oui oui !). Sauf que chez nous, c'est à la recherche des idées et des mots qui nous ferons rêver et rire qu'elle consacrera tout son temps !

Arrivé lui aussi en stage en septembre, Thibaut Broggi épaule Okhin pour le développement d’outils, travaillant notamment sur la refonte de la revue de presse et sur les surprises de la campagne de dons. Parlant plusieurs langages (C++, JS, python), il permet au pôle outils de doubler ses effectifs et de pouvoir enfin prendre à bras le corps certains serpents de mer techniques de LQDN.

Enfin, arrivée début octobre, Myriam Michel, en plus d’animer les campagnes de dons avec Mathieu, est chargée de coordonner toute cette joyeuse équipe ! Elle sera aussi l'intermédiaire privilégiée de tous les militants souhaitant imaginer avec nous de nouveaux projets. Archéologue dans une ancienne vie, elle espère transmettre aujourd'hui aux militants de l'Internet son sens de l'aventure, son courage à explorer les tombes des grands princes maudits et à lutter contre les momies (finalement sans doute assez proches de nos ennemis habituels).

La Quadrature a maintenant 10 ans. Tout ce temps, elle s'est entièrement construite sur une quantité impressionnante d'énergies humaines, aussi variées que passionnées. Les récents changements au sein de son équipe salariée sont importants, marquant une nouvelle étape dans cette longue construction, avec ses dynamiques et ses espoirs propres. Nous ne pouvons les accueillir qu'avec l'enthousiasme et l'élan qu'apportent les jours nouveaux !

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Source : www.laquadrature.net | 13-Nov-2017 17:31

Mr. Mercedes ? Quand Stephen King s'essaie au «hard-boiled»
Développée par David E. Kelley, Mr. Mercedes est l’adaptation sérielle d’un roman noir éponyme de Stephen King paru en 2014 : le premier tome de la trilogie Bill Hodges. Sa saison inaugurale, lancée cet été dans le relatif anonymat de la chaîne Audience, est passée assez inaperçue. Elle est pourtant la preuve vivante qu’adapter Stephen King à la télévision n’est pas forcément une entreprise vouée à l’échec. L’essentiel étant de ne pas avoir peur de mettre les mains dans le cambouis.
Source : feuilletons.blogs.liberation.fr | 10-Nov-2017 11:11

Un village français : L'Histoire au risque de la fiction
Après Marjolaine Boutet, c'est au tour de Bernard Papin de se pencher sur la genèse et la construction exemplaire d'Un village français, dont les six derniers épisodes seront diffusés à partir du jeudi 16 novembre sur France 3. Dans un nouvel essai de la collection « À suivre… » dirigée par François Jost, l'auteur étudie la tension narrative, le rapport à l'Histoire, l'élaboration des personnages ainsi que le profil type du téléspectateur auquel s'adresse cette série qui fera date.
Source : feuilletons.blogs.liberation.fr | 07-Nov-2017 11:07

Wikimédia France et La Quadrature du Net défendent le domaine public devant le Conseil constitutionnel

Paris, le 6 novembre 2017 - En 2016, la loi Création a mis en place un nouveau droit à l'utilisation de l'image des biens des domaines nationaux, comme le château de Chambord, le palais du Louvre ou celui de l’Élysée. Cette disposition permet à leurs gestionnaires de contrôler l'usage commercial de l'image de ces bâtiments emblématiques et de le soumettre à redevance. Considérant que cette mesure constitue une remise en cause des droits légitimes d'utilisation du patrimoine culturel, les associations Wikimédia France et La Quadrature du Net ont attaqué un des décrets d'application de cette loi et soulevé une question prioritaire de constitutionnalité (QPC). Par une décision en date du 25 octobre 20171, le Conseil d’État a accepté de renvoyer l'affaire devant le Conseil constitutionnel, en considérant que la demande était bien fondée sur des moyens nouveaux et sérieux.

Ce nouveau droit à l'image est issu d'un « amendement Chambord » déposé par des parlementaires lors du débat sur la loi Création, Architecture et Patrimoine. Il fait écho à un conflit opposant depuis plusieurs années le château de Chambord à la société Kronenbourg à propos de l'utilisation de l'image du monument dans une campagne publicitaire. Alors que la jurisprudence sur la question n'était pas encore fixée, les parlementaires ont voulu utiliser cette loi pour entériner la possibilité pour les gestionnaires des domaines de contrôler l'usage de l'image des monuments dont ils ont la charge.

Mais ce faisant, ils ont créé une sorte « d'anti-liberté de panorama » qui va empêcher de nombreux usages légitimes du patrimoine. Des bâtiments comme le château de Chambord ou le palais du Louvre appartiennent en effet au domaine public, au sens du droit d'auteur, et leur image devrait à ce titre être librement réutilisable. De surcroît, cette nouvelle couche de droits créée ex nihilo va empêcher de placer des photographies de ces monuments sous licence libre et de les verser sur des sites comme Wikimedia Commons (la base d'images et de fichiers multimédia liée à Wikipédia). En effet, les licences libres autorisent par définition l'usage commercial et leur effectivité est remise en cause par les nouvelles dispositions de la loi française.

La loi Création prévoit certes des exceptions, dans la mesure où les usages commerciaux resteraient autorisés s'ils s'exercent « dans le cadre de l’exercice de missions de service public ou à des fins culturelles, artistiques, pédagogiques, d’enseignement, de recherche, d’information et d’illustration de l’actualité ». Mais outre que le périmètre exact de ces exemptions sera en pratique très difficile à apprécier, c'est le précédent introduit par cette loi qui est dangereux. En effet, le législateur pourrait à l'avenir étendre ce nouveau droit à l'image à tous les monuments historiques, voire à tous les supports d'œuvres anciennes (tableaux, sculptures, etc.). S'il en était ainsi, c'est l'existence même du domaine public qui serait gravement compromise et, avec lui, les libertés d'usage de la culture dont il est la condition de possibilité. La réutilisation commerciale fait d'ailleurs partie intégrante de ces libertés légitimes, car c'est aussi par ce biais que le patrimoine se réactualise et reste vivant.

Pour ces raisons, les associations Wikimédia France et La Quadrature du Net ont obtenu du Conseil d'État de porter l'affaire devant le Conseil constitutionnel afin d'obtenir l'annulation de ces dispositions de la loi Création sur la base des arguments suivants :

  • La loi Création est contraire au droit d'accès non-discriminatoire à la culture et à ses corollaires, la liberté d'expression culturelle et le droit de diffusion de la culture ;
  • En créant ex nihilo un nouveau droit restreignant l'utilisation de l'image des monuments des domaines nationaux, la loi a fait renaître une forme de droit patrimonial. Or les nombreuses lois sur le droit d'auteur, adoptées depuis la Révolution française, ont toujours prévu que les droits patrimoniaux devaient connaître un terme pour permettre aux œuvres d'entrer dans le domaine public. Il en résulte un principe fondamental reconnu par les lois de la République (PFRLR) que Wikimédia France et La Quadrature du Net demandent au Conseil constitutionnel de reconnaître ;
  • En bloquant la possibilité pour les personnes prenant en photo ces monuments de les diffuser sous licence libre, la loi Création les empêche de faire usage de leur droit d'auteur, lequel est protégé par la Constitution au titre du droit de propriété. Par ailleurs, la loi remet en cause la validité des licences préalablement accordées en méconnaissance de la liberté contractuelle ;
  • Les restrictions aux usages commerciaux introduites par la loi Création constituent une atteinte disproportionnée à la liberté d'entreprendre ;
  • Enfin, la loi Création emploie des termes très vagues, laissant une marge de manœuvre considérable aux gestionnaires des domaines pour délivrer ou non des autorisations et fixer le montant des redevances. Ce faisant, le législateur a commis une « incompétence négative ?» en n'encadrant pas suffisamment le pouvoir de décision de l'administration. Cette lacune laisse la porte ouverte à un véritable arbitraire dans la détermination des usages légitimes du patrimoine.

Ces moyens soulevés dans la requête sont encore susceptibles d'évoluer ou d'être complétés devant le Conseil constitutionnel. Wikimédia France et La Quadrature du Net publient le mémoire présenté au Conseil d’État qui expose de manière détaillée ces arguments.

Il est ironique que ce soit une loi sur la « liberté de création » qui ait restreint l'usage du patrimoine culturel, porté atteinte au domaine public et limité la possibilité pour les individus de diffuser leurs propres œuvres sous licence libre. Les associations Wikimédia France et La Quadrature du Net estiment que, dans l'intérêt même du rayonnement de la culture, les usages du patrimoine doivent rester les plus ouverts possibles et ce sont ces libertés qu'elles iront défendre devant le Conseil constitutionnel.

  • 1. Décision du Conseil d'État n°411055 du 25 octobre 2017

Source : www.laquadrature.net | 06-Nov-2017 10:09

Premier coup de pioche !

Paris le 3 novembre 2017 - La Quadrature du Net lance sa campagne de dons !

Afin d'entamer le grand chantier des actions qui nous attendent en 2018 nous invitons tous ceux qui sont intéressés par nos sujets à venir donner le Premier coup de pioche !
C'est autour d'un verre que nous reviendrons sur les actions de La Quadrature en 2017 et parlerons de nos combats à venir.
Toutes les informations concernant la soirée seront données sur cette page.

La soirée aura lieu le 14 Novembre à 19h à La Paillasse : 226, rue de Saint-Denis (Métro Strasbourg Saint-Denis)

Venez nombreux <3

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Source : www.laquadrature.net | 03-Nov-2017 14:18

Stranger Things ? La citation, ça se travaille
Après s’être révélée au cœur de l’été 2016, Stranger Things était (puisqu’il faut déjà employer l’imparfait) de retour sur Netflix à l’occasion d’une deuxième saison mise en ligne le 27 octobre. Tous les ingrédients étaient de nouveau présents, à commencer par les innombrables références (orales ou visuelles) à la culture populaire des années 1980. Pourtant, cette carapace a enfin commencé à se fissurer…
Source : feuilletons.blogs.liberation.fr | 30-Oct-2017 10:25

Réquisition sur Mamot.fr : LQDN s'en tient aux droits fondamentaux

Paris le 27 octobre 2017 - La Quadrature du Net a fait l'objet d'une réquisition judiciaire pour transmettre « toutes les données entre [notre] possession » permettant d'identifier un utilisateur d'un compte hébergé sur Mamot, l'instance de Mastodon que nous tenons. Nous avons remis à la Justice l'unique information que nous conservions : l'adresse email d'inscription. Dans le respect du droit de l'Union européenne, nous ne conservons aucune autre donnée sur nos utilisateurs au-delà de 14 jours.

Au début du mois d'octobre, dans le cadre d'une instruction pénale, la police judiciaire a demandé à La Quadrature du Net de lui remettre toutes les informations qu'elle détenait sur un utilisateur de son instance Mastodon, Mamot.fr. Cet utilisateur s'avère être un organe de presse militante en ligne, dont nous garderons l'identité couverte par le secret de l'instruction.

Or, La Quadrature a choisi de respecter le droit de l'Union européenne en s'abstenant de conserver les données de connexion de l'ensemble de ses utilisateurs1. Ce n'est que pour des raisons techniques que La Quadrature conserve, pendant 14 jours, certaines informations sur les contenus publiés et leur auteur2. Dans le cas présent, l'utilisateur visé par la réquisition n'avait pas utilisé le service depuis au moins 14 jours, et La Quadrature ne disposait donc d'aucune information à son sujet, si ce n'est son adresse e-mail d'inscription (requise pour se connecter à Mamot.fr). Elle a remis cette adresse e-mail à la justice.

Le choix de La Quadrature du Net s'oppose à une pratique qui, héritée d'une loi française aujourd'hui contraire au droit de l'Union européenne3, obligeait les hébergeurs à conserver pendant un an toute information concernant les utilisateurs publiant des contenus en ligne (l'adresse IP depuis laquelle le contenu a été publié, notamment).

Nous appelons tous les hébergeurs à rejeter cette pratique illicite et à se conformer au droit de l'Union européenne : à ne retenir aucune données de connexion concernant leurs utilisateurs pour une durée supérieure à 14 jours.

  • 1. L'arrêt Tele2 Sverige AB (C-203/15) rendu le 21 décembre 2016 par la Cour de justice de l'Union européenne conclut fermement que le droit de l'Union « s’oppose à une réglementation nationale prévoyant, à des fins de lutte contre la criminalité, une conservation généralisée et indifférenciée de l’ensemble des données relatives au trafic et des données de localisation de tous les abonnés et utilisateurs ». L'interdiction d'une telle obligation de conservation visait en l'espèce les opérateurs de télécommunications mais s'applique aussi, sans aucun doute possible, aux hébergeurs Internet.
  • 2. La version d'Apache distribuée par Debian est configurée pour supprimer ses logs tous les 14 jours, ce que nous considérons être un délai maximum raisonnable pour accéder aux informations nécessaires pour administrer un serveur d'hébergement.
  • 3. L'article 6, II, de la loi du 21 juin 2004 pour la confiance dans l'économie numérique exige que les hébergeurs Internet « détiennent et conservent les données de nature à permettre l'identification de quiconque a contribué à la création du contenu ou de l'un des contenus des services dont elles sont prestataires ». La violation du droit de l'Union européenne opérée par cette disposition est au centre d'un des recours conduits par les Exégètes amateurs, qui en demandent actuellement l'annulation devant le Conseil d'État. Consulter leur dossier dédié à ce recours.
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Source : www.laquadrature.net | 27-Oct-2017 13:32

Quelle place pour les femmes dans les séries américaines ?
Dans un essai paru début septembre, Céline Morin revient en détail sur les luttes féministes relayées par les séries américaines des années 1950 à nos jours. Entre progressisme avant-gardiste et résurgence d'un sexisme que l'on pouvait croire aboli, l'histoire qu'elle retrace est tout sauf linéaire, ce qui la rend d'autant plus passionnante. Retour sur six décennies d'une fiction américaine pleine de paradoxes et de contradictions.
Source : feuilletons.blogs.liberation.fr | 27-Oct-2017 10:47

À propos de Girls, la série de Lena Dunham
Girls s'est achevée le 16 avril dernier, et déjà sortent en librairie des ouvrages dédiés à la série de HBO. Ou plutôt, de Lena Dunham, si l'on en croit le titre provocateur d'un ouvrage collectif (en anglais) récemment sorti chez Palgrave Macmillan : "Reading Lena Dunham’s Girls". Ou comment passer la série au crible des théories féministes en interrogeant le rapport au genre, au sexe, au corps ou encore aux interactions sociales de la génération Y qui y est (partiellement) incarnée.
Source : feuilletons.blogs.liberation.fr | 24-Oct-2017 14:25

Le Parlement européen échoue à protéger notre vie privée

Bruxelles, 19 octobre 2017 — Le Parlement européen vient d'adopter sa position sur le règlement ePrivacy. Elle n'est pas bonne. Les pires mesures exigées par les géants de l'Internet ont été repoussées, mais les partis politiques se disant « pro-vie privée » ont échoué à toutes les rejeter. Les libéraux, la « gauche » européenne et les verts ont perdu de vue nos droits fondamentaux, égarés dans d'absurdes tentatives de trouver des compromis à n'importe quel prix.

Les partis se disant « pro-vie privée » (les libéraux d'ALDE, la « gauche » européenne S&D et les Verts) ont perdu des mois à négocier avec la droite régressive (EPP et ECR), espérant obtenir d'elle des compromis inatteignables. À la dernière minute (avant-hier), la droite régressive a enfin quitté la table des négociations, créant l'opportunité de voir apparaître un texte raisonnable. Cette opportunité n'a pas été saisie : les eurodéputés qui prétendent défendre notre vie privée n'ont même pas essayé d'améliorer le projet de règlement, se préoccupant uniquement de gagner le vote d’aujourd’hui. Honte à eux.

Le « compromis mesuré » adopté aujourd'hui (tel que Jan Albrecht l'appelle), comprend deux dispositions qui ne bénéficieront qu'aux entreprises des États-Unis et aux opérateurs monopolistiques :

  • autoriser les sites Internet à nous pister sans notre consentement pour « mesurer l'audience du site » (coucou Google Analytics !) 
  • autoriser toute entreprise à tracer nos téléphones et autres appareils n'importe où, sans notre consentement.

Mme Lauristin (S&D), chargée de rédiger le texte adopté aujourd'hui, prétendra avoir fièrement défendu notre vie privée. M. Albrecht (Les Verts) et Mme In't Veld (ALDE) feront de même. Il ne doivent pas être écoutés. Ils ont eu plusieurs opportunités de défendre un texte qui nous aurait véritablement protégés mais, chaque fois, n'ont pas même essayé.

Mme Lauristin quittera bientôt le Parlement (ayant gagné des élections locales en Estonie) et sera remplacée par Mme Sippel (S&D). Nous appelons Mme Sippel à faire preuve de tout le courage qui a fait défaut à sa prédécesseure.

Mme Sippel devra être bien plus forte, en vérité, car le texte adopté aujourd'hui sera très probablement débattu d'ici quelques mois par l'ensemble du parlement (le vote d'aujourd'hui n'ayant eu lieu qu'en commission)1. Dans ces conditions, la droite régressive reviendra dans la bataille, soutenue par les grandes compagnies américaines et les géants des télécommunications, et le texte adopté aujourd'hui ne nous aidera guère à les combattre.

«  Les partis « pro-vie privée » ne nous ont pas défendus. Le reglement ePrivacy s'engage sur un chemin plus sombre encore. Mme Sippel va repprendre le texte des mains de Mme Lauristin. Elle devra faire ce que les autres ont refusé de faire : se battre pour nos droits et cesser de chercher d'absurdes compromis avec des partis régressifs, s'alarme Arthur Messaud, défenseur de vie privée pour La Quadrature du Net.

  • 1. Il n'est pas certain que Mme Sippel obtienne un mandat de négociation avec le Conseil avant le vote en séance plénière, il sera donc probablement débattu en séance pléniaire dès maintenant.

Source : www.laquadrature.net | 19-Oct-2017 12:47

Les Soprano : Une Amérique désenchantée
Une décennie s'est écoulée depuis la fin controversée des Soprano, et pourtant la série de David Chase ne manque pas de continuer à déchaîner les passions. Frédéric Foubert et Florent Loulendo reviennent en détail sur ses sources d'inspiration (à commencer par le film mafieux), sa relation crépusculaire à la figure héroïque, l'identité italo-américaine qui y est dépeinte, ou encore son rapport à l'art dans une monographie des PUF qui vient de paraître.
Source : feuilletons.blogs.liberation.fr | 17-Oct-2017 14:04

Quadras ? Et M6 reprit de la hauteur?
Cette fois-ci, c’est officiel : M6 se remet à la série originale de prime time ! Et puisqu’un miracle n’arrive jamais seul, la première concrétisation comique de ce retour aux affaires, Quadras, parvient à slalomer entre les tics récurrents de la fiction télévisuelle française et à redonner vie à une terre d’expression que l’on croyait définitivement brûlée. Comme quoi, il ne faut jamais perdre espoir…
Source : feuilletons.blogs.liberation.fr | 12-Oct-2017 15:23

Macron digne de la lâcheté de ses prédécesseurs

Paris, 11 octobre 2017 — Aujourd'hui, l'Assemblée nationale adoptera l'état d'urgence permanent. Le Sénat le fera jeudi prochain.

« Les Français sont drogués à l'état d'urgence » : Macron n'avait rien trouvé de mieux pour expliquer à notre collectif1, lors d'une rencontre en juin dernier, pourquoi il prolongerait l'état d'urgence pour toujours. Sa vision politique ne va pas plus loin : il craint qu'au lendemain d'un futur attentat, ce peuple qu'il méprise tant ne le mette au pilori pour n'avoir pas pris une loi anti-terroriste de plus. Une trentième loi en 30 ans2, dont Macron n'a en vérité que faire du contenu.

Quelques mois après sa prise de poste, Macron se révèle déjà aussi faible, lâche et vide de tout projet que le furent Hollande ou Sarkozy. Pour Macron, le masque tombe bien plus tôt. Il se contente de gérer les Français comme une meute stupide et enragée, qu'il doit seulement dompter le temps de pousser les destructions néo-libérales que lui ont commandées ses soutiens industriels.

En vérité, de meute stupide, il n'y en a qu'une, et elle n'a rien d'enragée. C'est celle qui se dit En Marche à l'Assemblée. Au cours des débats inexistants autour de cette 30ème loi sécuritaire, c'est le mouton-député Gauvain qui a mené cette troupe abrutie dans sa danse macabre, incapable de réfléchir, de réagir quand nous lui parlions avec raison, apathique lorsque nous exprimions notre colère. C'est une troupe de cadavres articulés, tels des pantins, par un autre cadavre en chef. Qu'elle se taise et laisse parler les vivants.

  • 1. La Quadrature du Net prend part à un collectif d'associations, d'universitaires et d'avocats contre l'état d'urgence, que l'on retrouve notamment en signataires d'une de nos dernières lettres communes.
  • 2. Voir la liste dressée par l'administration des lois antiterroristes prises depuis 1986
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Source : www.laquadrature.net | 11-Oct-2017 11:30

Le Parlement doit protéger nos identifiants numériques

Paris, 9 octobre 2017 - Aujourd'hui, à 16h, 7 députés et 7 sénateurs, réunis en commission mixte paritaire (CMP), devront trouver un texte de compromis entre les versions du projet de loi sécuritaire adoptées au Sénat et à l'Assemblée. Cet énième texte sécuritaire devrait être rejeté par les deux Assemblées, car il est à la fois inutile - les lois existantes suffisent amplement - et dangereux puisqu'il augmente considérablement les pouvoirs de l'administration au détriment de la justice et au mépris du principe de séparation des pouvoirs (lire notre analyse). Enfin il est proposé alors qu'aucune des lois précédentes n'a fait l'objet d'une évaluation pour en vérifier l'efficacité. Cet après midi, il reviendra notamment aux sénateurs de maintenir leur opposition à l'obligation de déclarer ses identifiants numériques et aux députés de comprendre enfin que cette mesure est autant inutile qu'inconstitutionnelle. La Quadrature du Net leur envoie le courrier ici reproduit, afin que ceux-ci ne puissent jamais feindre de n'avoir pas eu conscience de l'absurdité de cette mesure si dangereuse.

Dans le même temps, nous exhortons chacun et chacune d'entre nous à appeler immédiatement les membres de la commission. Vous retrouverez leur numéro de téléphone et les principaux arguments sur notre wiki.

9 octobre 2017

Objet : contre l'obligation de déclarer ses identifiants numériques

Mesdames, Messieurs les parlementaires,

Voudriez-vous que le ministère de l'Intérieur puisse non seulement devenir votre ami sur Facebook, mais aussi voir toute votre activité, savoir quelles sont toutes vos adresses mail utilisées et dans quel cadre vous vous en servez ? Connaissez-vous même exactement tous vos identifiants sur tous les services auxquels vous vous êtes un jour inscrits ou que vous avez utilisés (l'adresse IP de votre bureau ou de votre domicile, l'adresse MAC de votre smartphone...) ?

Nous doutons que vous les connaissiez tous. Or, toute personne qui, comme vous, ne pourrait répondre précisément à l'injonction faite par l'administration de lui livrer l'ensemble des « identifiants techniques de tout moyen de communication électronique » qu'elle utilise pourrait être condamnée à trois ans d'emprisonnement et 45 000 € d'amende.

Une telle peine vous semble-t-elle proportionnée pour sanctionner un défaut de connaissance technique que vous-même partagez ? Non, elle ne l'est pas. Il ne fait guère de doute que le Conseil constitutionnel tranchera clairement en ce sens lui aussi.

De même, il censurera cette disposition comme contraire au « droit de se taire », qu'il a déjà reconnu dans sa décision 2016-594 QPC comme étant une composante de la présomption d'innocence garantie à l'article 9 de notre Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789.

Ainsi, pourquoi garderiez-vous dans cette loi une disposition destinée à être censurée ? Et pourquoi prendriez-vous le risque de subir une telle déconvenue alors même que cette mesure n'a aucun intérêt opérationnel ? Elle n'est qu'une disposition d'affichage sécuritaire et n'aura aucune conséquence dans la lutte contre le terrorisme que vous prétendez porter à cœur.

En effet, en 2015, vous avez déjà donné à l'administration tous les pouvoirs nécessaires pour qu'elle obtienne d'elle même l'ensemble des identifiants d'une personne en lien avec n'importe quel type de menace. L'article L851-1 du code de la sécurité intérieure permet déjà à l'administration, dans des conditions bien plus permissives que celles de la présente loi, de collecter l'ensemble des « données techniques relatives à l'identification des numéros d'abonnement ou de connexion à des services de communications électroniques [et] l'ensemble des numéros d'abonnement ou de connexion d'une personne désignée ».

L'article L851-2 lui permet de collecter ces données en temps réel, en se connectant directement en tout point du réseau, et l'article L851-6 lui permet de le faire au moyen d'IMSI-catcher et d'autres appareils d'interception locale.

Pour toutes ces raisons, nous vous exhortons, Mesdames, Messieurs, à suivre la position arrêtée par le Sénat le 18 juillet dernier en retirant de ce texte déjà particulièrement révoltant l'alinéa 27 de son article 3.

La Quadrature du Net

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Source : www.laquadrature.net | 09-Oct-2017 11:05

Un village français : Une histoire de l'Occupation
Depuis que Fais pas ci, fais pas ça s'est achevée, Un village français n'a plus de rivale : c'est sans conteste la série contemporaine la plus dense et la plus aboutie du service public français. Et puisqu'elle s'apprête à son tour à nous faire ses adieux, qui de mieux placée pour lui rendre hommage que Marjolaine Boutet, historienne et spécialiste des séries ? Dans un beau livre paru le 5 octobre, elle nous emmène dans les coulisses du tournage d'une série qui, tel le sujet qu'elle aborde en pr
Source : feuilletons.blogs.liberation.fr | 06-Oct-2017 13:45

Des députés européens veulent réduire notre vie privée : agissons maintenant !

Paris, 4 octobre 2017 – Jeudi dernier, puis lundi, deux commissions du Parlement européen ont adopté leur avis sur le règlement ePrivacy. Chacune d'elles plaide en faveur d'un contournement général du consentement des utilisateurs au profit d'intérêts économiques inacceptables. Heureusement, ces avis ne s'imposent pas à la commission LIBE (« libertés civiles ») qui adoptera son rapport final le 11 octobre. Ils révèlent toutefois les ambitions inadmissibles de certains députés : appelons les membres de la commission LIBE dès maintenant pour inverser la tendance.

La majorité des députés des commissions ITRE ( industrie, recherche et énergie ») et IMCO (« consommateurs et marché intérieur »), menée respectivement par la libérale Kaja Kallas et la conservatrice Eva Maydell, a souhaité légaliser des pratiques commerciales jusqu'ici interdites.

Si ces deux avis s'avéraient repris par la commission LIBE, alors :

  • les fournisseurs d'accès à Internet, opérateurs téléphoniques et services de messagerie pourraient désormais se passer de notre consentement pour analyser les métadonnées de nos communications. Ces métadonnées indiquent avec qui nous communiquons (liste de nos correspondants et de l'adresse IP des sites que nous visitons), quand, comment, et même d'où. Pour analyser ces informations sans notre consentement, ces entreprises n'auraient plus qu'à invoquer poursuivre un intérêt « compatible » avec le service qu'elles fournissent. Cette notion de « compatibilité » est volontairement vague et ne vise finalement qu'à ouvrir largement les vannes de la surveillance privée à des fins économiques.
  • les entreprises seraient autorisées à géolocaliser nos appareils portables sans notre consentement, ce qui était jusqu'ici formellement interdit. La majorité des députés d'ITRE va même plus loin, n'exigeant plus que soient exposées dans les lieux surveillés des affiches informant les personnes qui s'y trouvent qu'elles sont géolocalisées.
  • notre consentement ne serait plus exigé pour analyser nos communications une fois celles-ci transmises (concrètement, l'obligation de consentement ne s'imposerait pas à Gmail pour analyser les messages stockés dans nos boîtes mail, mais seulement au moment de leur transmission, ce qui est absurde)1. De plus, les fournisseurs de services seraient autorisés à conserver toutes nos données de communication du moment que celles-ci seraient « pseudonymisées » (qu'elles seraient réparties dans des bases de données distinctes, ce qui serait une mesures de sécurité utile contre les attaques mais n'empêcherait en rien les entreprises d'exploiter elles-mêmes ces données)2.

Enfin, une disposition vise à permettre d'échanger les données personnelles au même titre que de la monnaie. Ainsi, les utilisateurs refusant de céder leurs données personnelles pourraient être soumis au choix suivant : ne pas accéder aux sites Internet qui veulent les surveiller ou bien payer de leur poche. Or, mettre les individus dans une situation où ils doivent « vendre » leurs droits fondamentaux pour ne pas avoir à perdre de l'argent est la façon la plus rapide de vider ces droits fondamentaux de toute leur force et de toute leur raison d'être.3 Il est par ailleurs extrêmement grave qu'une commission parlementaire censée protégée les droits des consommateurs permette que ces derniers deviennent un produit monétisable au mépris le plus profond de leurs droits.

Des amendements identiques à ces avis aussi absurdes que dangereux ont aussi été déposés en commission LIBE, et seront débattus lors du vote décisif du 11 octobre. La commission LIBE a toute latitude pour rejeter de telles mesures et il est fondamental de faire entendre nos voix. La Quadrature du Net a mis en place le piPhone pour permettre à chacun de contacter les députés européens. Appelons dès aujourd'hui les membres de la commission LIBE et exigeons le rejet de ces mesures inacceptables.

Renseignez-vous, informez votre entourage et agissez : eprivacy.laquadrature.net

  • 1. Cette mesure n'a été proposée que par l'avis IMCO.
  • 2. Cette mesure n'a été proposée que par l'avis IMCO.
  • 3. Cette mesure a été proposée par les deux commissions ITRE et IMCO.

Source : www.laquadrature.net | 03-Oct-2017 17:17

PJL Terro : sans commentaires (ou très peu), épisode 2

Mardi 26 septembre 2017 et mercredi 27 septembre 2017 — Le projet de loi « renforçant la sécurité intérieure et la lutte contre le terrorisme », dit PJL Terro ou PJL contre les méchant, est discuté à l'Assemblée nationale. Voici quelques extraits des propos tenus dans l'hémicycle.
Le texte dont nous dénonçons les excès sera voté aujourd'hui. Et pour retrouver les débats sur Twitter, suivez le hashtag #PJLMéchant !

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Gérard Collomb (ministre de l'intérieur) :

"Il y aura toujours des gens pour nous dire qu’il y a trop de sécurité et qu’ils veulent la liberté."

"[Les sénateurs] souhaitaient également supprimer l’obligation pour les personnes concernées de déclarer leurs identifiants de communication électronique, ce qui, je le rappelle, n’implique pas que leur téléphone soit écouté. Elles doivent simplement déclarer leur téléphone et, si elles en achètent un autre, elles sont immédiatement poursuivies et incarcérées. Nous souhaitons rétablir cette disposition."

Éric Diard (LR) :
"Oui, cet article limite la liberté de conscience et d’expression, ainsi que celle de pratiquer la religion de son choix, trois libertés protégées par la Constitution et par la Convention européenne des droits de l’homme. Or, vous le savez, l’exercice de ces libertés n’est pas absolu : il peut faire l’objet de limitations, prévues tant au plan constitutionnel que conventionnel."

Élise Fajgeles (LREM) :
"C’est contre [la propagande] qu’il faut lutter en priorité. Elle se fait bien évidemment sur internet, mais aussi dans certains lieux de culte."

Guillaume Larrivé (LR) :
"S’il est besoin, un jour, de réviser la Constitution pour protéger les Français, notre responsabilité sera de le faire."

Raphaël Gauvain (LREM, rapporteur du projet de loi) :
"En allant au-delà de la ligne de crête que dessine la liberté d’expression, nous risquerions une censure du Conseil constitutionnel."

"Je souligne qu’il s’agira d’une mesure restrictive de liberté et non pas limitative de liberté. Par conséquent, il ne peut y avoir intervention du juge judiciaire."

Aurélien Pradié (LR) :
"Il y a une théorie à laquelle je ne crois pas lorsqu’on l’applique en temps de guerre : la théorie de la relativité."

"Je suis navré de vous dire – quitte à paraître un peu caricatural – que ceux qui ont accepté d’écouter pendant des mois des prêches prônant la haine sont eux aussi coupables de la haine qu’ils véhiculent."

Emmanuelle Ménard (FN) :
"Le respect de la vie privée a bon dos, tout comme l’argument relatif à la poursuite d’une vie familiale et professionnelle normale."

"Aujourd’hui, je vois le Gouvernement créer de toutes pièces une zone de confort et de tranquillité au bénéfice des personnes surveillées pour leurs liens potentiels avec le terrorisme."

Éric Ciotti (LR) :
"Pourquoi sortir de l’état d’urgence ?"

Sacha Houlié (LREM) :
"Que des mesures utiles à la sécurité des Français vous dérangent, je trouve cela regrettable."

Fabien Di Filippo (LR) :
"Quand je lis l’article 3 [sur les mesures individuelles de contrôle administratif et de surveillance, NDLR], que vous défendez coûte que coûte, j’ai l’impression de lire le petit précis des droits du djihadiste." (Applaudissements sur certains bancs.)

Guy Teissier (LR) :
"Qui veut faire l’ange fait la bête !"

Manuel Valls (LREM) :
"L’état d’urgence, c’est le droit."

CONCLUSION

Jean-Paul Lecoq (GDR) :
"Nous voici donc entrés dans la République des suspects permanents. "


Source : www.laquadrature.net | 03-Oct-2017 15:51

Le numérique assigné à l'état d'urgence permanent

L'Assemblée nationale s'apprête à adopter, lors d'un vote solennel, le projet de loi renforçant la sécurité intérieure et la lutte contre le terrorisme.

Perquisitions administratives, mesures de surveillance, boîtes noires : les enjeux numériques du texte sont nombreux et cruciaux. L'Observatoire des libertés et du numérique1 (OLN) alerte les parlementaires, notamment celles et ceux qui composeront la future commission mixte paritaire qui examinera prochainement le texte.

La dangereuse captation de pouvoirs au profit de l'Exécutif, policiers, préfets et ministre de l'Intérieur à laquelle aboutira ce texte est en marche, par l'intégration dans le droit permanent de mesures tirées de l'état d'urgence. La logique de suspicion, le déséquilibre des pouvoirs, la restriction de libertés pour tous dans l'espace public sont autant de désastres qui nourrissent une contestation large contre ce texte.

C'est par touches que le numérique apparaît dans le texte, mais à chaque fois sur des enjeux cruciaux.

Les assignations à résidence, renommées « mesures de surveillance individuelles », sont désormais agrémentées d'une mesure inédite : l'obligation de révéler l'ensemble de ses identifiants électroniques. Présentée sans succès lors des multiples prorogations de l'état d'urgence, cette mesure est aujourd'hui portée par le gouvernement et l'Assemblée nationale. Contraire au droit de ne pas s'auto-incriminer, elle porte une atteinte d'autant plus disproportionnée à la protection de la vie privée que tout défaut de déclaration est passible de 3 années d'emprisonnement. L'obligation privera les personnes concernées - auxquelles aucune infraction pénale, même en préparation, n'est reprochée - de toute faculté de communication privée, leurs identifiants devenant la cible de mesures de renseignement particulièrement larges et intrusives.

Les perquisitions administratives – devenues, dans un redoutable effort de « novlangue », des « visites de lieux » – vaudront à ceux qui les subissent la saisie et l'exploitation de l'intégralité de leurs données informatiques, hors de la procédure pénale et ses garanties. L'ampleur de l'atteinte à la vie privée est sans commune mesure avec la faiblesse des exigences du texte : des critères flous (l'appartenance à l'entourage de personnes incitant au terrorisme, l'adhésion à des idées...) quant aux personnes visées, aggravés par un laxisme probatoire consistant à s'en remettre sans ciller aux notes blanches des services de renseignement, c'est-à-dire à des documents non sourcés, pouvant faire état de simples rumeurs, et non à des procédures d'enquête étayées.

Enfin, l’OLN s’alarme également des prolongations que ce projet offre à la loi renseignement. La captation de données de connexion de l'entourage d'une personne soupçonnée est de retour peu après avoir été censurée par le Conseil constitutionnel (dans un procès engagé par FDN, FFDN et La Quadrature du Net). Sans aucune discussion sur les enjeux de cette mesure ou les raisons de sa censure, la commission des lois puis l'Assemblée nationale se sont bornées à suivre une option suggérée par le Conseil constitutionnel, à savoir la limitation du nombre de personnes simultanément concernées par cette technique de surveillance. Or, cette limitation étant ici unilatéralement fixée par le gouvernement, elle ne saurait offrir aucune garantie contre l'abus par ce dernier de ses pouvoirs, faisant ainsi fi des principes de nécessité et de proportionnalité, rappelés notamment par la récente jurisprudence européenne qui n'a de cesse de prohiber l'accumulation massive de données par les États.

Quant aux boîtes noires – en bref, la surveillance d'Internet via des algorithmes, forme la plus scandaleuse de la surveillance de masse –, le projet entend y redonner un nouveau souffle : la fin de l'expérimentation de la mesure et le rapport parlementaire prévu pour 2018 sont reportés à 2020. On peut aisément craindre que cette prolongation ne soit pas la dernière : le prétexte invoqué, l'absence déclarée de mise en œuvre, ne devraient en aucun cas empêcher un débat essentiel sur l'incompatibilité absolue de ce type de mesures avec les droits fondamentaux protégés dans une démocratie.

Contre les avis les plus avisés d’organisations de défense des droits et du mouvement social, de juristes, mais aussi d’instances internationales – récemment de deux Rapporteurs spéciaux des Nations unies –, on intègre dans le droit commun des mesures inspirées de l’état d’urgence.

Le numérique se retrouve au croisement d'axes centraux de ce texte. Mobilisé pour la protection de la vie privée et la lutte contre les abus de la surveillance, l'Observatoire des libertés et du numérique appelle les parlementaires à refuser ces dispositifs lors de la commission mixte paritaire, en retirant purement et simplement ces dispositions du texte du loi.

Communiqué de l'OLN au format PDF

Contacts presse
Amnesty International France – Véronique Tardivel - 06 76 94 37 05 / vtardivel@amnesty.fr


Source : www.laquadrature.net | 03-Oct-2017 14:02

Les gouvernements européens veulent renforcer l'oligopolisation des infrastructures télécom

3 Octobre 2017 - En mars, plus de 31 réseaux communautaires ont écrit une lettre ouverte aux décideurs européens, insistant sur la nécessité d'adapter le cadre réglementaire afin de soutenir le développement de ces initiatives et ainsi promouvoir des solutions alternatives, démocratiques et durables pour atteindre les objectifs politiques en matière de déploiements de réseaux très haut débit. Mais plutôt que d'ouvrir la porte à la nécessaire diversification de l'écosystème télécom, les gouvernements européens veulent en fait renforcer les positions dominantes des opérateurs historiques. Alors que l'Europe est sur le point de parvenir à un accord sur la future règlementation télécom, le Parlement européen doit résister à ces pressions.

Le Parlement européen a adopté hier juste sa version du projet de code européen des communications électroniques, qui a vocation à devenir la base de la régulation des télécoms en Europe pour les prochaines décennies. Le pire a été évité, grâce à une majorité des membres de la commission à l'Industrie, à la Recherche et à l'Énergie (ITRE), qui ont résisté aux appels en faveur d'une large dérégulation du secteur. La version adoptée hier en commission laisse suffisamment de marge de manœuvre aux Autorités de régulation nationales (ARNs) pour faire face aux situations oligopolitistiques tout en tenant compte des réseaux communautaires et autres fournisseurs d'accès coopératifs ou sans but lucratif, par exemple en permettant à ces dernier d'accéder aux réseaux de fibre optique ou en promouvant un accès partagé et sans licence au spectre radio, essentiel au développement rapide de réseaux abordables et résilients.

Les membres du Parlement européen responsables du texte -- comme la rapporteure, Madame Pilar del Castillo, connue pour être proche des intérêts de l'opérateur espagnol Telefonica -- vont désormais être en charge de négocier avec le Conseil de l'Union européenne, qui représente les gouvernements européens. Mais ces soi-disant « négociations en trilogue » manquent clairement de transparence, ce qui les rend difficiles à suivre. Ceci est d'autant plus inquiétant lorsque l'on sait que le Conseil de l'UE a proposé des amendements très inquiétants, visant à revenir sur les politiques pro-diversité et à encourager l'oligopolisation des infrastructures télécom.

Le Conseil demande un moratoire de 7 ans sur la régulation après de nouveaux déploiements de réseaux (comme les nouveaux réseaux en fibre optique). Les autorités nationales de régulation n'auraient alors aucun moyen d'imposer aux premiers arrivés des obligations encourageant la concurrence, ce qui donnerait aux grandes entreprises de télécommunication toute lattitude pour étendre leurs positions d'oligopole au détriment des réseaux communautaires et autres opérateurs alternatifs. Si la proposition du Conseil l'emporte, nous serons témoins de la disparition de ces opérateurs de réseaux alternatifs.

Concernant le spectre radio, le Conseil entend en préserver le contrôle par les gouvernements, ce qui leur permettrait de poursuivre leur politique qui bénéficie aux acteurs les plus puissants au lieu de faire un usage de ce bien commun qui aille dans le sens de l'intérêt général. En particulier, cela nuirait aux efforts de la Commission visant à développer et étendre l'accès et le partage du spectre sans licence, qui permet le développement d'opérateurs alternatifs et stimule la diversité dans le secteur des télécommunications.

Sur les aspects institutionnels, le Conseil veut laisser les États membres décider de l'autorité qui assurera la surveillance du marché et défendra les droits des utilisateurs. Ce faisant, il permet le contournement des ARN et prend le risque de saper toute forme d'intervention indépendante au niveau national, ainsi que toute forme de coordination au niveau européen.

Dans un domaine trop longtemps soumis à la capture réglementaire au bénéfice des acteurs les plus établis, nous demandons aux membres du Parlement européen de défendre l'intérêt public en promouvant des politiques qui favorisent la concurrence et la diversité. En résistant à la pression des gouvernements européens qui cherchent à consolider la domination des plus grands acteurs industriels sur l'infrastructure réseau, ils peuvent faire en sorte que des opérateurs alternatifs et les communautés locales puissent disposer des moyens adéquats pour se développer et innover, en proposant des modèles et des services novateurs au bénéfice de tous.

Co-signataires
Aquilenet
Association Viviers Fibre
Chaos Computer Club Lëtzebuerg
BlueLink Foundation
Fédération FDN
FDN
freifunk.net
Frënn vun der Ënn
guifi.net
Ilico
Instituto Bem Estar Brasil
La Quadrature du Net
netCommons
Ninux
NetHood
Open Technologies Alliance - GFOSS
Renewable Freedom Foundation
Sarantaporo.gr Non Profit Organization
WirelessPT.net


Source : www.laquadrature.net | 03-Oct-2017 09:56

PJL Terro : sans commentaires (ou très peu), épisode 1

Paris, le 25 septembre 2017 — Le projet de loi « renforçant la sécurité intérieure et la lutte contre le terrorisme », dit PJL Terro, ou PJL contre les Méchants, est discuté à l'Assemblée nationale. Voici quelques extraits des propos tenus dans l'hémicycle. Et le meilleur hashtag pour suivre les débats sur Twitter : #PJLMéchant !


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ARRIVE LARRIVÉ

Guillaume Larrivé (LR) :
« Nous ne devons rien céder à ces individus qui, par milliers, sur le sol national, dans tous les territoires de France, ont prêté allégeance à l’ennemi et collaborent avec lui. Nous ne devons rien céder à ces nouveaux barbares. »

« Aucun peuple, jamais, n’a gagné une guerre avec des bougies. C’est pourquoi nous plaidons pour un réarmement de la nation, dans toutes ses dimensions. »

« L’état d’urgence ne menace en rien les libertés des citoyens, mais il restreint celles de nos ennemis. L’État de droit doit être fort car, s’il est faible, il n’est plus l’État et il n’y a plus de droit. »

« Notre conviction est que, au moment où la menace djihadiste s’accélère et s’amplifie, le réarmement de la nation est assurément le premier devoir des députés. »

C'EST LA GUERRE !

Emmanuelle Ménard (FN) :
« Faut-il rappeler que nous sommes en guerre contre le terrorisme ? Or, quand on est en guerre, on ne demande pas à son ennemi l’autorisation de procéder à une fouille. »

« Les forces de l’ordre besoin de notre soutien moral, matériel, réglementaire et législatif. Si elles estiment nécessaire la fouille d’un individu, elles doivent pouvoir y procéder. Un point c’est tout. »

Elise Fajgeles (LREM) :
« Il faut à présent prendre la mesure de cette nouvelle réalité : la menace est permanente. Il est temps d’assumer des mesures administratives exceptionnelles et de sortir de l’état d’exception. »

« Cet équilibre est celui d’un arsenal sécuritaire répondant efficacement au terrorisme tout en préservant nos principes démocratiques de liberté. »

Eric Ciotti (LR) :
« Défendre la sécurité, c’est d’abord défendre nos libertés. »

« L'unité nationale aura toujours chez nous une limite : l’affaiblissement de nos dispositifs de protection. »

« Non, il n’est ni nécessaire, ni obligatoire, ni impératif – bien au contraire – de sortir de l’état d’urgence aujourd’hui. »

« Par ailleurs, les palpations de sécurité, l’inspection visuelle, la fouille des bagages et la visite des véhicules seront désormais soumises au consentement des intéressés, ce qui vide de tout sens ces dispositifs. »

Gérard Collomb (ministre de l'Intérieur) :
« Vous le savez bien, ce projet de loi est un premier texte qui vise à lutter contre le terrorisme. Mais oui, il y en aura d’autres ! »

Valérie Boyer (LR) :
« Nous sommes en guerre contre le terrorisme et vous voulez revenir à la loi commune, tandis que nous souhaitons, quant à nous, que l’état d’urgence puisse être maintenu, car nous considérons qu’étant en guerre, il nous faut mettre en place un dispositif exceptionnel et efficace. »

SORTONS DE LA SORTIE DE L'ÉTAT D'URGENCE

Gérard Collomb (LREM) :
« Je n’exclus nullement que, dans une situation donnée, nous soyons même un jour amenés – j’espère que cela ne sera jamais le cas – à rétablir l’état d’urgence. »

Guillaume Larrivé (LR) :
« Il n’est pas raisonnable aujourd’hui de désarmer la nation. »

LE CONSENTEMENT DES CITOYENS, C'EST SURFAIT

Charles de la Verpillière (LR) :
« Nous proposons de supprimer l’obligation de recueillir le consentement des personnes concernées par les fouilles. »

Valérie Boyer (LR) :
« Il est donc indispensable que les policiers ou les gendarmes puissent procéder à des fouilles alors même que les personnes concernées ne le voudraient pas. Cela me semble absolument logique ! »

« Face aux terroristes, nous devons agir vite et efficacement, avoir confiance dans nos forces de l’ordre et ne pas entraver leurs actions. C’est pourquoi le présent amendement propose que les palpations de sécurité s’effectuent sans distinction de sexe, afin de les rendre plus efficaces. »

Jean-Louis Masson (LR) :
« Tous les enquêteurs que vous avez rencontrés vous l’ont expliqué, et nous le disent quand nous leur rendons visite : le formalisme, les multiples règles substantielles, les risques de nullité qui en découlent contrarient l’efficacité des policiers et gendarmes. »

Naïma Moutchou (LREM) :
« J’ai entendu certains s’adresser à nos concitoyens en vociférant que le projet de loi porterait atteinte à leurs libertés sans aucune forme de nuance. Cette attitude n’est pas à la hauteur des enjeux. Vous êtes-vous demandé, au moins, ce que veulent les Français ? Ils veulent vivre libres, évidemment, mais pas seulement : ils veulent vivre en sécurité. »

« Les deux dispositions suivantes, à savoir les visites domiciliaires [NdT: perquistions administratives] et les mesures individuelles de surveillance [NdT: assignation à résidence], sont plus controversées, parce qu’elles apporteront effectivement une limitation à la liberté individuelle. (...) Elles occuperont une grande partie de nos débats. Il ressort de toutes nos auditions que ces mesures sont nécessaires, indispensables »

« La mesure de surveillance est une mesure restrictive de liberté. À ce titre, elle relèvera naturellement du juge administratif. Le juge des libertés et de la détention n’a pas sa place dans ce dispositif : l’y introduire conduirait à une tension inutile entre les deux ordres, administratif et judiciaire, alors que nous cherchons précisément à les coordonner. »

Marine Brenier (Constructifs) :
« Il s’agit, par exemple, de permettre le recours à la reconnaissance faciale aux seules fins de prévenir le terrorisme. Cette technique, déjà utilisée dans plusieurs pays, a largement fait la preuve de son efficacité. Il serait déraisonnable de s’en priver »

Catherine Kamowski (LREM) :

« À ceux de nos collègues qui trouveraient que ce texte va trop loin, nous rétorquerons que nous avons choisi de ne pas nous perdre dans l’angélisme. »


Source : www.laquadrature.net | 27-Sep-2017 16:22

Ministère de l'Intérieur contre Indymedia : une censure absurde et choquante

Paris, le 25 septembre 2017 — Jeudi dernier, le ministère de l'Intérieur a enjoint les sites participatifs Indymedia Nantes et Indymedia Grenoble de procéder au retrait d'un communiqué anonyme revendiquant l'incendie d'un hangar de gendarmerie à Grenoble. D'après le ministère, une telle publication serait constitutive d'un acte de provocation au terrorisme. Les deux instances d'Indymedia se sont exécutées en retirant le contenu litigieux, faute de quoi, elles auraient été ajoutées à la liste noire des sites censurés sur décision administrative et fait l'objet d'un blocage par les grands fournisseurs d'accès à Internet. Le communiqué litigieux a également été relayé sur des sites de grands médias traditionnels sans que ces derniers ne soient inquiétés.

Cette censure policière est aussi absurde que choquante. Absurde car le texte revendicatif visé reste bien évidemment largement accessible, y compris au travers de grands sites médias, et que cette censure est forcément de nature à lui donner une plus grande visibilité. Choquante parce que cette décision de censure, autorisée dans le cadre de la loi antiterroriste de novembre 2014, illustre à elle seule les dangers associés à l'arsenal de la lutte contre le terrorisme, que le gouvernement peut manier à l'envie pour cibler des groupes militants ou, comme en l'espèce, des sites participatifs. Bien que validé par le Conseil constitutionnel et le Conseil d'État,1 ce régime de censure administrative d'Internet, censé être soumis au contrôle de la CNIL, laisse ici transparaître tout l'arbitraire dont il est porteur. C'est à notre connaissance la première fois que ces mesures antiterroristes extra-judiciaires, qui restent le plus souvent secrètes, sont appliquées à des sites et contenus ne relevant pas de l'extrémisme islamiste. Cette extension est d'autant plus préoccupante que le gouvernement entend, à travers un énième projet de loi de lutte contre le terrorisme, transposer dans le droit commun quantité de mesures privatives de libertés qui relevaient jusqu'alors de l'état d'urgence.

Après la censure d'un site Indymedia en Allemagne le mois dernier, après le blocage de sites indépendantistes en Catalogne la semaine passée, cette nouvelle remise en cause de la liberté d'expression sur Internet s'inscrit dans une tendance plus large qui apparaît extrêmement préoccupante.

Comme l'écrivait dès 1976 la Cour européenne des droits de l'Homme, la liberté d'expression « vaut non seulement pour les informations ou les idées accueillies avec faveur », mais également « pour celles qui heurtent, choquent ou inquiètent l'État ou une fraction quelconque de la population ». La Quadrature appelle la Commission européenne et le Conseil de l'Europe à condamner ces opérations de police qui sapent la protection due à la liberté d'expression.


Source : www.laquadrature.net | 25-Sep-2017 14:57

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